(Billet 1252) - Le coup de CAN sur la tête
La douche froide, dans les deux sens, propre et figuré… C’est en effet sous une pluie battante que le Maroc a encaissé le but sénégalais de Gueye, jetant un froid sur le terrain, le stade et le royaume tout entier. Le Maroc a-t-il perdu sa finale ? Oui. Le Maroc a-t-il réussi « sa » CAN ? Là aussi, oui. Mais, pour autant, cela n’a pas empêché une gueule de bois nationale, le goût très amer de la défaite après un match où les Sénégalais n’ont pas joué le jeu. Cela ne remet pas en cause leur victoire, mais cela atténue la dimension et la portée morale de cette victoire.
Cette CAN aura tenu toutes ses promesses. Est-elle la meilleure à avoir jamais été organisée, comme on se plaît à le dire sur nos terres ? On n’en sait rien, mais le Maroc a rempli l’ensemble de ses engagements, et de fort belle manière. Un mois durant, c’était la fête dans le royaume : des fans enflammés et des feux d’artifice, des couleurs bigarrées et des rythmes enfiévrés, des danses partout et du folklore à tous les coins de rue, des délégations officielles pléthoriques et des supporters venant de tout le continent encore plus nombreux, les villes marocaines pavoisées aux couleurs des 24 équipes sélectionnées… et un public enchanté et enchanteur, un public dansant et chantant, un public fidèle et respectueux. Oui, cette édition de la CAN aura tenu ses promesses et rehaussé le niveau de la compétition.
Le Maroc avait tout prévu, et même le reste. Tous les détails avaient été étudiés et soignés et tous les aspects d’une telle compétition continentale de football avaient été examinés et traités pour en faire un événement d’envergure mondiale. Bien évidemment, le parfait n’existe pas, et il y a donc eu des erreurs ici et là, dans les stades et leur environnement, dans le transport, dans la billetterie…
Mais maintenant, nous pouvons le dire… Nous avons, nous autres Marocains, été traités de voleurs et de tricheurs, de corrompus, d’arrogants, et même de meurtriers ! Nous avons tout subi, tout enduré, opposant à cette acrimonie continentale notre humour inégalable et notre légendaire bonne humeur. Nous étions les hôtes et cela nous obligeait car pour nous, recevoir signifie beaucoup ; cela signifie la gentillesse, la qualité de l’accueil, l’obligeance, la générosité et même de l’indulgence et de la compréhension en cas de dérives… cela signifie également le dévouement et l’altruisme. Nous avons fait montre de tout cela, œuvrant à montrer au monde ce que l’Afrique peut quand l’Afrique veut, et comment l’Afrique sait faire confiance à l’Afrique.
Ce que le Maroc n’a pas prévu en revanche, et qui marquera cette CAN, c’est la réaction de certaines délégations, équipes et staffs. On savait et on s’attendait à un comportement hostile d’une partie du public algérien, et on a pu le constater durant tout leur parcours et leur séjour, quand ils préparaient leur sortie prématurée en accablant le Maroc de tous les maux et les travers. Mais personne n’aurait pu prévoir ce flot de méchancetés aussi injustifiées que stupides du Belge Hugo Broos, sélectionneur de l’Afrique du Sud… Nul n’aurait pu s’attendre à ce flot d’insanités et d’arrogance du sélectionneur égyptien Houssam Hassan, qui a plus desservi l’image de son pays qu’il n’a véritablement offensé les Marocains !
Le comportement du Sénégal est autrement plus surprenant et plus décevant. Et cela a été relevé dès l’arrivée de sa sélection à la gare de Rabat la veille de la finale, quand les joueurs ont été entourés par leurs fans. A supposer même qu’il y ait eu une faille de sécurité – ce qui resterait à prouver d’ailleurs puisque ce sont les Sénégalais eux-mêmes qui ont donné rendez-vous à leurs supporters –, la Fédération sénégalaise n’aurait pas dû publier le communiqué qu’elle a écrit, dans les termes hostiles qu’elle a utilisés, et dans l’esprit malveillant qui le sous-tendait. Une rencontre de football, fusse-t-elle la finale de la CAN, rayerait-elle donc toute cette amitié entre les deux pays ? Il faut croire que oui. Et cela a été aggravé par les non-vérités des officiels du Sénégal sur l’hébergement et sur le lieu d’entraînement de l’équipe, affirmations erronées qui ont conduit la CAF à rétablir la vérité. Et la préméditation des Sénégalais est devenue encore plus évidente quand la cohorte de supporters colorés se sont transformées en commandos d’attaque œuvrant d’envahir le terrain !
Le public marocain et étranger a été profondément consterné par l’attitude du sélectionneur sénégalais qui a fait quitter le terrain à ses joueurs ; il savait ce qu’il faisait et on a eu le sentiment d’un jeu de rôles entre lui et Sadio Mané, le premier poussant ses jeunes vers les vestiaires et le second leur ordonnant de revenir. Le public marocain a été encore plus meurtri par le comportement des supporters sénégalais à la fin du match ; des dizaines d’entre eux ont entrepris d’envahir la pelouse pour « se faire justice », enfonçant avec violence et même, disons-le, sauvagerie, les rangs des stadiers, leur jetant des chaises et autres objets divers à la figure, avec l’intention de blesser, de faire couler le sang, au moment même où Ssi Brahim tirait son penalty… C’était certes seulement une partie des supporters sénégalais, mais on n’a encore noté aucune réaction de condamnation des autres supporters de ce pays, qu’ils vivent ici ou non…
Est-ce ainsi qu’on se comporte en terre amie ? Est-ce ainsi qu’on gagne des compétitions ? Est-ce là l’esprit sportif et le fair-play qui va, ou qui devrait aller avec ? Est-ce ainsi qu’on s’impose dans une discipline quelconque ? Non. Définitivement non, et c’est bien dommage de la part de nos amis sénégalais. La CAF ne s’y trompe pas, qui promet des sanctions exemplaires, et la FIFA de Gianni Infantino attend elle aussi les mesures continentales pour prendre les siennes. Et ce n’est pas l’étrange communiqué du ministère des Affaires étrangères du Sénégal qui chante et loue la rencontre de l’unité entre frères qui atténuera les choses, sauf à être suivi de mesures disciplinaires !...
Un mois durant, le Maroc a tout supporté… Il a déployé tout son savoir-faire pour faire de cette compétition une fête pour les hommes et une référence pour le sport en général et le football en particulier. En témoigne la qualité et le nombre des visiteurs du monde du sport et du football ainsi que d’autres horizons. La qualité de l’organisation à tous points de vue a été remarquée et largement rapportée par les médias et les influenceurs du monde entier. Mais il y a eu cette finale où le comportement des Sénégalais, officiels, joueurs et public a terni la fête et écorné l’image du football africain !
Oui, le Maroc a perdu sa finale contre le Sénégal, c’est regrettable… mais il a gagné l’estime des siens, avant celle des autres, pour avoir su relever le défi. Il a gagné la reconnaissance d’autres nations de football africain qui ont su jouer avec talent et perdre avec dignité. Il a aussi et surtout appris une leçon, celle d’être accueillant et hospitalier, agréable et empathique, sans verser dans un excès de sentimentalisme qui, finalement, n’est pas partagé par tant et tant de nations à travers le continent.
Oui, le Maroc a perdu une finale, mais il a gagné une équipe, il a gagné en confiance, celle de n’avoir en rien failli à sa mission ; il a de l’espoir de savoir que même dans l’adversité, les Marocains savent s’unir et se mobiliser, endurer, puis dépasser. Merci donc à Walid Regragui et à son staff, merci à l’équipe qui a versé son sang (le jeune el Aynaoui) dans cette finale, merci aux services de sécurité et aux forces de l’ordre, aux stadiers, aux personnels hôteliers, aux gens qui ont assuré la mobilité, merci au public qui a fait vibrer les stades dans la joie et la bonne humeur, merci aux innombrables anonymes sans lesquels cette compétition n’aurait pas pu être.
Oui, avec cette finale et l’ingratitude de tant et tant de nos (quand même) amis africains, nous avons reçu un coup de CAN sur la tête et un coup de massue dans le cœur, mais malgré cela, que l’aventure continue ! Elle doit se poursuivre mais désormais sans sentimentalisme excessif ni angélisme naïf. Et rendez-vous aux Etats-Unis !
Aziz Boucetta
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