(Billet 1258) – En cas de catastrophes naturelles, les politiques aux abris !
Ces dernières années, le Maroc a été frappé par plusieurs et diverses catastrophes naturelles, certaines ont fait la Une des médias mondiaux, d’autres sont restées cantonnées au local. De la gestion de la Covid-19 au séisme destructeur d’al Haouz, des crues de la province de Tata à celles, ravageuses, de Safi, pour finir avec les inondations en cours dans le nord du royaume. Deux points communs à toutes ces catastrophes : une action rigoureuse et vigoureuse de l’Etat et une absence remarquée des politiques. De là, de cette réalité découle le fonctionnement de la société marocaine et son comportement à l’égard de tout ce qui est politique.
Sur cette base, nous pouvons commencer à comprendre la désaffection politique des Marocains, voire leur aversion pour la chose politique. Que l’on en juge : les partis politiques peinent à être audibles et à devenir visibles, les syndicats ne représentent qu’eux-mêmes et leurs clans et clientèles, et les « leaders » politiques, à supposer qu’il y en ait encore sur nos terres, éprouvent toutes les difficultés du monde à convaincre de principes dont ils prétendent être eux-mêmes convaincus.
On oublie souvent que le fameux concept de la reddition des comptes ne concerne pas seulement les indélicatesses commises par les élus et autres responsables. La reddition des comptes est aussi morale et électorale. Que demandent les citoyens en votant, ou quand ils ont voté ? Ils attendent de leurs champions d’être là, à leurs côtés, en soutien, dans les moments difficiles ; et ils leur demandent des comptes une fois la campagne électorale venue.
Nous avons tous vu le député-« maire » RNI de Ksar al-Kébir sur tous les fronts depuis le début de l’évacuation de « sa » ville, s’adressant aux citoyens, leur demandant d’obtempérer aux ordres d’évacuation, les rassurant quant à la sécurité de leurs biens, leur fournissant des informations sur le déroulé et l’avancée des opérations... Et nous nous rappelons également de ce jeune président PJD de la commune d’Aït Boughemez, dans la province d'Azilal, quand il avait encadré et conduit en juillet dernier la marche des habitants de sa commune vers la préfecture pour exiger une réponse à leurs revendications. C’est ainsi, semblerait-il, que doivent se comporter et agir des élus. Locaux soient-ils, ou régionaux et même centraux.
Et donc, quand le problème, la catastrophe, le drame est national, il appartient, ou appartiendrait, aux grands responsables politiques de se transporter sur les lieux, de procurer du réconfort, d’expliquer ce qui se fait, de promettre ce qui se doit. De cette manière les populations se sentiraient plus proches de leurs dirigeants. Le chef du gouvernement Aziz Akhannouch ne s’est déplacé ni dans le Haouz (ou alors bien après) ni à Safi ni à Ksar al-Kébir ; dans ces deux dernières villes, la catastrophe était de nature hydrique, mais nulle trace de Nizar Baraka, ministre de l’Eau et de l’Equipement ; pour le Haouz, la ministre de (entre autres) l’Aménagement du territoire et de l’Habitat a préféré rester ailleurs…
Curieuse coïncidence, il s’agit des trois chefs des trois partis politiques qui composent la majorité, et même la crypto quatrième composante qu’est l’entreprise du chef du gouvernement. MM. Akhannouch et Baraka et Mme Mansouri sont tous les trois élus du peuple, et à ce titre ils sont tenus de se trouver là où ils doivent en cas de survenue d’une catastrophe. Ce n’est même plus de la conscience politique, c’est du simple bon sens ! Seulement voilà, ils ne le font pas.
Lors des énervements collectifs des jeunes en octobre 2025, là encore, là aussi les responsables politiques étaient aux abonnés absents. Mais cette fois, force est de reconnaître à Nizar Baraka son courage d’avoir accepté de dialoguer, en direct, à une heure de grande audience, sur une chaîne publique, avec des jeunes résolument remontés contre notre classe politique. Fatima Zohra Mansouri avait préféré le confort du monologue face à un micro et Aziz Akhannouch, à son habitude, était calfeutré quelque part, dans un abri sûr.
Pourquoi alors nos chefs politiques ne se déplacent-ils jamais sur les lieux des drames qui surviennent ? La réponse est invariable : « on » ne les laisse pas, vous répond-on à l’unisson. Qui, « on » ? Le palais, vous susurre-t-on prudemment, les yeux levés au ciel. Ah… Et pourtant, plusieurs anciens responsables gouvernementaux, premiers ministres, chefs de gouvernement ou ministres, assurent que dans leurs contacts avec le roi Mohammed VI, ils se sont toujours entendus dire que la loi prime, que la population passe avant tout.
La réalité est là, soit notre classe politique est pusillanime, soit il existe des responsables qui font du zèle et « effraient » nos ministres, pourtant si prompts à s’énerver et à s’égosiller devant leurs micros et leurs audiences acquises. Et le résultat fut, est et sera toujours le même : le peuple a perdu, perd et continuera de perdre confiance dans ses responsables politiques partisans. Un peuple, ça réfléchit simplement… aussi simplement que logiquement. Puisqu’en cas de problème, ils ne voient que les gens du ministère de l’Intérieur et que le ministère de l’Intérieur est un ministère régalien, un département de souveraineté, alors les électeurs ne se donnent plus la peine d’aller aux bureaux de vote. Et ne se le donneront pas plus pour les scrutins qui viennent !
Et le taux de participation restera toujours aussi étique qu’il l’a toujours été, avec de rares exceptions qui confirment la règle. Sauf si, peut-être, un jour prochain, nos politiques prennent plus et mieux conscience de leur rôle, et le remplissent au mieux, ou qu’ils soient assez audacieux pour s’imposer, et au moins apparaître aux côtés des gens du ministère de l’Intérieur qui sont toujours au front.
Le royaume a changé, et comme le dit si joliment Ssi Nasser Bourita, « le Maroc d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier ». Cela tombe bien, la population marocaine aussi a changé, et elle est différente de celle d’hier, plus exigeante, plus consciente, plus offensive et plus vindicative. Elle a, semble-t-il, mieux compris la politique que les professionnels de la politique. Et si ceux-ci persistent à faire de la politique à l’ancienne, avec la condescendance, l’indifférence et l’absence, il ne sert à rien et il serait même dangereux de continuer à vouloir grandir et s’imposer en Afrique et dans le monde…
Aziz Boucetta
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