(Billet 1254)- Dis-moi qui présidera le RNI, je te dirai qui pourrait diriger la majorité...

(Billet 1254)- Dis-moi qui présidera le RNI, je te dirai qui pourrait diriger la majorité...

Sauf coup de théâtre hautement improbable et potentiellement regrettable, Aziz Akhannouch quittera dans quelques semaines la présidence du RNI. Opération présentée comme démocratique, elle est on ne peut plus opaque : décision inattendue, expliquée par des arguments peu convaincants, et succession ô combien incertaine. Cependant, du nom du successeur apparaîtront les esquisses de la future majorité, et ce qu’on veut en faire.

Les pronostics vont bon train, et chacun avance les pions de son champion. Les noms fusent , les propositions infusent et personne ne sait de quoi seront faits les lendemains bleus. Il n’y a pas de dauphin, mais les requins pullulent. Ce qui a été présenté comme une décision de M. Akhannouch fondée sur l’esprit démocratique n’est en réalité que le prolongement du mode de gestion du milliardaire casablancais : opacité, mystère, secrets, manigances, clanisme, et verticalité interne et externe. A l’en croire, il veut respecter les règles de son parti, c’est-à-dire ne pas dépasser deux mandats ; cela signifie qu’il pense à son départ, et donc à son successeur, depuis ce jour béni de mars 2022 où il avait été réélu, en principe, pour son second et dernier mandat. Las…

Aziz Akhannouch est un moine-soldat, comme dirait son homologue français. Il s’est emparé du RNI sans sourciller pour bouter le PJD hors des institutions, et il le fit ; il conquit la présidence du gouvernement pour doter, sans états d’âme, le pays de cadres juridiques nécessaires à son développement, et il le fit. Dans l’intervalle, il a pris ses aises avec l’esprit de sa fonction, méprisant ses adversaires, ignorant la population, cajolant ses fidèles, arrosant ses commensaux de bienfaits, érigeant son entreprise familiale en 4ème composante politique de son gouvernement… Résultat, une population en colère, désabusée, les jeunes dans la rue, sa tête instamment réclamée. Sa tête est aujourd’hui tombée, les connaisseurs comprendront donc que c’est là la fin de la séquence GenZ, comme en 2017 l’éviction de certains ministres et responsables avait sonné quelques mois après la fin de la séquence Rif. Le temps royal… et c’est tant mieux.

Aziz Akhannouch politiquement KO, le parti se trouve de fait dans le chaos. Les ambitions s’expriment par partisans interposés, et aucune des personnes dont les noms ont été avancés n’a démenti ou déclaré son non-intérêt pour la présidence du RNI : Moulay Hafid Elalamy, Rachid Talbi Alami, Nadia Fettah, Chakib Benmoussa, Mustapha Baitas, Mohamed Aujjar, Mohamd Saâd Berrada, et même Moncef Belkhayat. Personne n’a démenti car tout le monde attend un signal. Disons-le clairement, puisqu’eux-mêmes au RNI le disent : ils ne sont pas les seuls à choisir leur chef, il attendent même une indication/instruction, car tel est le RNI, depuis sa naissance.

Et de ce constat naît la certitude que le profil qui émergera parmi les autres sera un indicateur car rien ne sera fait au hasard, ou laissé au libre-arbitre de RNIstes peu habitués à agir, réfléchir et décider par eux-mêmes.

1/ Moulay Hafid Elalamy et Chakib Benmoussa. Le choix, et accessoirement, l’élection/désignation d’un de ces deux hommes à la tête du parti signifiera la claire volonté de maintenir le RNI dans la course à la présidence du gouvernement ; l’un est un entrepreneur à succès, fraîchement banquier, qui ne prête le flanc à aucun soupçon d’enrichissement illicite, avant, pendant et après son passage réussi de huit ans au ministère de l’Industrie et du Commerce. Il a les moyens intellectuels, verbaux (quoique non oratoires) et financiers pour mobiliser. S’il est élu, ce ne sera pas pour rien. L’autre est un très grand commis de l’Etat, « peint » en bleu à son arrivée au gouvernement Akhannouch. Quand, au Maroc, un ancien ministre de l’Intérieur, ministre de souveraineté de premier plan, revient au gouvernement avec une couleur politique, cela a un sens ; il s’agit alors d’un plan B, le A étant Aziz Akhannouch. Si M. Benmoussa accède à la présidence du RNI, cela signifiera presqu’à coup sûr que le RNI dirigera le gouvernement de 2026 à 2030, ou y siégera dans des fonctions importantes.

2/ Mohamed Aujjar. Il en a l’étoffe, il en a l’expérience, il en a les connaissances. Mais il lui manque le nerf de la guerre, cette capacité financière sans laquelle le RNI post-Akhannouch ne saurait survivre.

3/ Nadia Fettah : Ministre des Finances talentueuse, technicienne experte, pertinente et convaincante, elle sort néanmoins très peu des méandres et des coulisses de la haute administration où elle évolue depuis 2019. Elle n’est en revanche absolument pas politicienne ou porteuse d’une fibre/vision politique quelconque, pas plus qu’elle ne saurait s’adresser aux foules, et elle manque cruellement de l’audace politique nécessaire ; on ne la voit jamais débattre ou affronter les médias, défendre ses idées, confondre ses contempteurs. Elle dispose néanmoins de l’atout genre, mais est-ce vraiment un critère suffisant pour accéder à une fonction qui demande bien plus ?

4/ Rachid Talbi Alami. Véritable cheville ouvrière du parti, il est d’une immense compétence politique, moins, beaucoup moins sur le plan technique et technocrate. Trop estampillé Akhannouch, il aspire à une retraite bien méritée, qu’il réclame en privé et en public.

5/ Mustapha Baitas et Mohamed Saâd Berrada. Il y a mieux et le Maroc mériterait mieux. Leur présidence du RNI serait un pâle ersatz de la présidence Akhannouch et sonnerait la fin du RNI.

6/ Moncef Belkhayat. Lui, il a été ministre, élu, il fut Khouya Moncef, mais aujourd’hui, tout semble indiquer qu’il est passé à autre chose.

7/ Fouzi Lekjaâ et Yassir Zenagui. Deux outsiders possibles dont les noms ont circulé ou circulent pour succéder à M. Akhannouch. Mais le premier, populaire, n’a plus de temps de cerveau disponible et le second, inconnu du grand public, a quitté la politique voici bien longtemps, après l’avoir exercé brièvement. Peu probables, donc…

Rien ne filtre, absolument rien… et même si cela avait le cas, un deux ex machina est toujours possible, car nous parlons du RNI ! Le choix du futur président du RNI indiquera l’orientation globale de l’élection à venir. La question est de savoir si le RNI se maintiendra dans le peloton de tête ou retrouvera son rôle d’appoint… Au vu de la situation actuelle du champ politique, les élections se joueront entre les trois actuels premiers, avec une poussée attendue du PPS, du MP et du PJD. Si l’un des trois premiers profils cités plus haut s’installe (ou est installé) à la tête du RNI, les Bleus resteront sur leur lancée et pourraient encore briguer la présidence du gouvernement ; si c’est quelqu’un venant après, le RNI devrait retrouver son positionnement historique de simple bascule politique.

Tout cela émiettera ce qui reste de la scène politique, avec cette immense inconnue des jeunes de moins de 35 ans que l’Etat semble vouloir doper. Allons-nous vers une configuration politique qui évoquera 1976 et 2009, quand l’Etat avait œuvré à créer une nouvelle force politique avec des indépendants, le RNI en 1976 et le PAM en 2009 ? Rien n’est impossible, tout est possible.

Tout reste donc envisageable et incertain, sauf une chose : le RNI sans Aziz Akhannouch ne sera plus le RNI triomphant et dominateur que nous subissons aujourd’hui. Il n’est pas sûr que cela soit une mauvaise nouvelle…

Aziz Boucetta

Commentaires