(Billet 1271) – Hausse des prix des carburants… hier l’Ukraine, aujourd’hui l’Iran ?
- --
- 17 mars 2026 - 14:34 --
- Billet
Il était évident que cela se produirait, et cela s’est produit ! Et ce n’est que le commencement… Plus de deux semaines après le déclenchement de ce qu’il faut bien appeler une guerre globale, ce qui devait arriver arriva, et les prix du carburant à la pompe ont amorcé leur mouvement ascendant, dont la courbe dépend plus des événements qui se déroulent à plusieurs milliers de kilomètres, à Ormuz, que d’une action locale marocaine. Quoique…
Au Maroc, nous n’avons pas de pétrole, alors nous essayons d’avoir des idées, comme on dit… Et la meilleure de ces idées, à défaut d’être la seule, est au moins d’assurer des stocks significatifs pour les périodes de disette ou les moments de crise. La gestion de ces stocks permet de différer les hausses ou de les ajuster pour en atténuer les effets. Mais quel est l’état de nos stocks ? De la réponse à cette question apparaîtra la degré de responsabilité de ceux qui sont en charge du secteur. Or cette réponse n’est pas au niveau de ce qu’elle devrait être. Les stocks de sécurité sont actuellement de 30 jours alors qu’ils devraient être au double.
Cela ramène aux discussions énervées de 2022 – pour ne pas remonter trop loin – quand, à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, les prix des carburants s’étaient envolés, entraînant dans leur sillage au Maroc ceux des produits de première nécessité. A cette époque-là, le débat avait déjà commencé sur le non-respect des stocks stratégiques légaux de 60 jours et aussi, accessoirement, sur les impacts des hausses mondiales à la pompe, mais pas les baisses, ou avec des répercussions moindres sur les prix appliqués aux consommateurs.
Cette année, la guerre était prévisible malgré, ou à cause, de l’imprévisibilité de Donald Trump. Il y a eu, voici neuf mois, la guerre dite des Douze jours et depuis le début 2026 et le stationnement de l’armada américaine au Moyen-Orient, la guerre actuelle, de haute intensité, était aussi attendue. Les débats autour de la question des carburants a donc commencé dans les chaumières, mais aussi dans les rédactions, les universités, les salons huppés et les quartiers peu développés. On peut présumer qu’au sein du gouvernement aussi, les réflexions ont été menées.
Mais pour quel résultat ? Il faut croire qu’aucune conclusion ni mesure ni décision ne sont sorties de ces cogitations ministérielles, et la preuve en est les longues queues qui se sont formées dans et autour de bien des stations-service dans bien des villes ; et lundi matin, les consommateurs ont pu constater une augmentation d’environ 2 DH du gasoil et de 1,5 DH pour le super sans plomb, soit une augmentation approximativement de 18 à 20%, d’un seul coup. Et comme d’habitude, pas d’explications des instances responsables dans la capitale. Cela pose plusieurs questions, ou plutôt les repose, avec toujours une faible probabilité d’avoir des réponses.
1/ Les marges des distributeurs. Selon les différents rapports et notes des organes de gouvernance (Conseil de la concurrence, CESE, …), il n’est pas tout à fait certain que les distributeurs répercutent les hausses dans leurs légitimes et légales proportions, sans ententes illicites. D’où le problème du contrôle, plus sérieux et plus serré, de ces entreprises qui ont, rappelons-le, été épinglées pour entente voici quelques années…
2/ La fiscalité des produits pétroliers. Entre TIC et TVA, l’Etat engrange davantage de ressources en cas de flambée des prix des carburants. Plusieurs solutions sont envisagées et proposées par les experts pour ajuster cette fiscalité sans préjudicier les ressources publiques. L’une d’elles consiste à ne pas toucher à la TIC mais revoir la TVA à la baisse.
3/ L’affaire de la Samir. C’est un sujet que les services gouvernementaux et les compagnies pétrolières évitent soigneusement de débattre, alors même qu’ils sont sous le feu nourri du débat public et exposés à la suspicion citoyenne. Pourquoi d’autres pays non producteurs disposent-ils de raffineries et que le Maroc ne se décide pas à ouvrir sérieusement la question de la Samir ? Y a-t-il un problème tu et/ou embarrassant ? Il semblerait que dans cette affaire, on ne nous dit pas tout. Mais ses remugles suintent…
4/ Le plafonnement des prix. Il existe dans l’arsenal juridique marocain un article qui fixe et fige les prix, temporairement. Il s’agit de l’article 4 de la loi 104-12, qui permet à l’Etat de prendre des mesures temporaires contre des hausses de prix, pour une durée temporaire de 6 mois prorogeable une fois. Cela devrait être suffisant pour amortir le choc de l’envolée des prix, ou pour permettre aux consommateurs de s’y faire.
5/ La taxation marginale et temporaire des superprofits, s’ils existent… Cette mesure va très certainement revenir sur le devant de la scène. Elle a été appliquée dans bien des pays européens (Italie, Espagne, Grèce, Royaume-Uni, …) pour soutenir l’effort de l’Etat à venir en aide aux plus désargentés, en taxant provisoirement et fortement les revenus excédentaires issus d’une conjoncture particulière et non des efforts des entreprises.
6/ La question des stocks stratégiques. La loi 09-71 fixe les réserves à 60 jours minimum, alors qu’aujourd’hui, en pleine période de crise prévisible et prévue, ils ne sont que de 30 jours environ. Au ministère, on laisse entendre qu’il n’y a aucun moyen de contraindre ces compagnies à se conformer à la loi. Une réelle volonté politique devrait pouvoir mettre ces compagnies, appelées « mastodontes », sous le contrôle public. La souveraineté énergétique, fruit de plusieurs cogitations gouvernementales et objet d’instructions royales, attendra encore…
7/… et, bien évidemment, la reddition des comptes. Quand la loi n’est pas appliquée par celles et ceux qui le doivent sur plan gouvernemental, quand des entreprises font des ententes comme cela a été clairement dit par le Conseil de la concurrence, et quand dans le sillage de tout cela les prix explosent, le pouvoir d’achat plonge et le moral suit.
Doit-on encore prévoir une année difficile pour les ménages aux revenus faibles ou interémdiaires ? Il semblerait que ce soit le cas, comme le laisse paraître cette première augmentation de 20%, alors que les cours mondiaux n’en sont qu’au début de leur augmentation, si la situation au Moyen-Orient se maintient ou s’aggrave.
Le Maroc officiel saura-t-il tirer les conséquences de ce qui s’est passé en 2022/2023, quand l’inflation énergétique s’était propagée et diffusée dans les autres produits, ouvrant la porte à ceux qu’on appelle désormais les « fraqchia » ? Les partis formant la majorité feront-ils, cette fois, montre d’éthique politique ou se laisseront-ils réembarquer dans ce qui fut une complicité silencieuse, mais une complicité quand même dont ils devront rendre compte le jour venu ? Réponse dans quelques jours ou quelques semaines.
Aziz Boucetta
Commentaires