(Billet 1284) – La colonne centrale et les piliers
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- 21 avril 2026 - 12:00 --
- Billet
Il se passe des choses étranges au Maroc… étranges autant qu’inquiétantes, mais inquiétantes sans pour autant être dangereuses. Depuis plusieurs années, une nouvelle « industrie » médiatique s’est révélée, et elle consiste en des youtubeurs, des exilés qui s’en prennent résolument et virulemment aux institutions du pays et surtout à leurs dirigeants. Si au départ ces attaques étaient espacées et plutôt inaudibles, elles sont aujourd’hui devenues plus groupées, plus convergentes et bien plus visibles qu’avant. On peut se demander pourquoi…
Certains se présentent comme opposants, d’autres le sont effectivement, mais sans que l’on ne sache trop contre quoi ou qui ils s’opposent. Leur argumentaire est toujours le même : défendre la veuve et l’orphelin, soutenir la démocratie et œuvrer à « protéger » le royaume contre ceux qui le dirigent et qui sont à leurs yeux, sans exception, coupables d’un certain nombre de choses. Bien entendu aussi non prouvées que non pertinentes. Et tout le monde y passe, mais surtout dans les appareils institutionnel, juridique et sécuritaire pris dans leur ensemble.
Le plus attaqué demeure le chef du pôle sécuritaire DGSN/DGST Abdellatif Hammouchi. L’homme subit des insultes à longueur de vidéos enregistrées au Canada, à Chypre et ailleurs, et diffusées depuis ces pays. Rien de probant, rien de vérifié, rien de sérieux ou de consistant, mais les attaques se suivent et se ressemblent, contre la personne du premier flic du royaume et, plus grave, contre sa famille. Puis, dans une moindre mesure, c’est au tour de Mohamed Abdennabaoui, président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et Premier président de la Cour de cassation, ou du général Mohamed Haramou, comandant de la Gendarmerie royale, de faire l’objet des assauts numériques venant d’ailleurs.
Et, bien entendu, à tout seigneur tout honneur, le conseiller royal Fouad Ali el Himma est tout particulièrement ciblé, sur sa famille, sur sa personne, sur son action… et on lui prête même depuis peu l’ambition ou la volonté ou l’idée de s’engager dans les prochaines législatives pour briguer la fonction de chef de gouvernement !
Ces attaques tombent sous le coup de la maxime de Talleyrand qui dispose que « ce qui est excessif est insignifiant ». Qui sont donc les « attaquants » ? Ceux qui suivent un peu ce qui se passe sur les réseaux sociaux savent que les vidéos viennent essentiellement d’Europe (Espagne et France principalement) et d’Amérique du Nord, plus précisément du Canada. Des journalistes ou opposants en Europe, qui s’en prennent le plus souvent non aux personnes, mais à un système, dénonçant ce qu’ils voient comme arbitraire, comme autocratisme, comme entraves aux libertés. Ils se réclament des environnements où ils évoluent et où ils réussissent à continuer de voir des pratiques démocratiques et libres… ils regardent le Maroc à travers des prismes occidentaux, eux-mêmes fortement abîmés depuis quelques années… ils toisent le Maroc sur ce qu’il fut, mais détournent le regard sur ce qu’il est devenu et qui, dans bien des domaines (stabilité politique, efficacité sécuritaire, influence géopolitique, …) , surclasse les pays où ces gens vivent, avec justice instrumentalisée, médias domestiqués, politique verrouillée, propagande triomphante…
Au Canada, deux énergumènes passent le plus clair de leur temps à s’exprimer contre le Maroc et ses responsables d’une manière qu’on peut difficilement qualifier d’autre chose que d’aboiements. Des insultes, des grossièretés, des insanités à longueur de Youtube et de Facebook, toute la journée, toutes les semaines, tout le temps. Des vidéos gênantes à voir en solo, impossibles à regarder en famille ! Les uns et les autres, en Europe ou au Canada, sont les idiots utiles de systèmes qui les emploient ou qui les accueillent sur leurs sols ; ils s’en prennent à leurs racines, à leurs origines avec une audience et une influence qui se réduisent avec le temps comme peau de (leur) chagrin. Des opposants, pour être véritablement crédibles, agissent et interviennent à partir de leur territoire national, et il en existe un grand nombre dans le royaume. On peut être en accord avec certaines de leurs idées, ou non, mais critiquer le Maroc à partir du Maroc ne peut leur valoir que la considération de ceux-là mêmes qu’ils critiquent.
Pourquoi traiter ce sujet aujourd’hui ? Plusieurs confrères l’ont dit… il appartient aux Marocains de défendre, de soutenir, de protéger un système social et politique qui, pour ne pas être parfait (qui l’est ?) est pour autant le nôtre, un système qui a mûri sur des siècles, qui change et s’adapte en fonction des évolutions sociales et sociétales. D’où que viennent ces attaques, mues par une volonté d’enrichissement ou fondées sur des volontés plus obscures encore, elles nous concernent tous car ce ne sont pas des opinions normales exprimées contre des décideurs mais, convergentes et souvent complémentaires, elles semblent obéir à une entreprise plus large et plus vaste.
Insulter des dirigeants ou nihiliser un système n’est pas un acte politique, n’est pas une posture d’opposant ou d’opposition. Agir ainsi à partir d’ailleurs relève davantage de la discipline psychanalytique que de la conviction politique.
Nous vivons dans un monde dangereux, un monde où les nations s’en prennent les unes aux autres, dans une sorte de mondialisation des frictions et des confrontations, lesquelles se déroulent sous d’autres formes et avec d’autres instruments que ceux jusque-là connus. S’en prendre au système sécuritaire du royaume et à sa monarchie, directement ou indirectement, n’est pas une œuvre anodine. Au Maroc, nous avons nos problèmes et nos défaillances, nos manquements et nos imperfections. Rien ni personne n’est au-dessus d’une erreur ou d’un errement et tout peut être critiqué, tout est critiqué, selon nos codes, nos traditions et notre culture.
Mais quand on assiste à ces attaques régulières et de plus en plus rapprochées, virulentes et d’une violence et vulgarité croissantes, il nous appartient de réagir. Attaquer ce système qui est le nôtre revient à attaquer le pays en entier ; le Maroc est posé sur une plateforme elle-même soutenue par une colonne centrale et des piliers, que tous ces gens œuvrent à fragiliser. Et la meilleure réaction est la défense de notre système, de nos institutions, de nos corps constitués et de ceux qui en sont en charge. Il faut le dire et ne pas craindre de l’affirmer, le Maroc dispose d’un système politique qui a traversé les âges et qui porte le nom de Makhzen. Longtemps diabolisé, régulièrement critiqué, il est pourtant l’épine dorsale de notre système politique et de notre structure sociale, qui a permis au Maroc de surmonter les crises, de déjouer les attaques et d’avancer dans le tumulte et les remous de l’actualité internationale.
Nous avons assez de recul pour comprendre que ce système dispose de garde-fous qui le protègent et qu’il affiche une souplesse qui le fait évoluer au gré des évolutions de la société. La monarchie a singulièrement évolué sous Mohammed VI, la sécurité s’est radicalement transformée sous sa direction actuelle, la justice évolue avec l’avancement de la société. Le Maroc a besoin d’acteurs engagés ici, au Maroc, et non de Cassandres auto-exilés ou de casseurs pénalement expatriés.
Aziz Boucetta
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