À Genève, Amina Bouayach appelle à encadrer les évolutions numériques
- --
- 01 avril 2026 - 18:00 --
- Maroc
La présidente de l’Alliance globale des Institutions nationales des droits de l’Homme (GANHRI), Mme Amina Bouayach, a alerté, mercredi à Genève, sur les bouleversements liés au numérique et à l’intelligence artificielle, appelant à “gouverner” ces évolutions plutôt que de les “subir”.
“L’intelligence artificielle et les technologies numériques ne sont plus des sujets du futur : elles font notre quotidien”, a-t-elle souligné, à l’ouverture de la conférence annuelle de GANHRI tenue au Palais des Nations, sous le thème: “Le rôle des Institutions nationales des droits de l’Homme dans la promotion des droits de l’Homme dans l’espace numérique”, notant qu’elles transforment à la fois l’exercice et, parfois, la restriction des droits humains.
Si ces technologies “peuvent améliorer l’accès aux droits” et “favoriser l’inclusion”, elles comportent aussi des risques importants. La présidente du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) a évoqué “la désinformation qui menace nos démocraties”, les “deepfakes” qui brouillent le vrai et le faux, ainsi que les “biais algorithmiques” susceptibles de reproduire des discriminations.
Elle a également mis en garde contre certaines technologies “comme la reconnaissance faciale” pouvant conduire à une “surveillance excessive”. “Sans garde-fous, ces outils peuvent affaiblir les droits fondamentaux”, a-t-elle insisté.
Rappelant que “les droits de l’Homme ne sont pas optionnels” et “s’appliquent partout, y compris dans l’espace numérique”, elle a plaidé pour que “la dignité humaine (…) guide chaque étape, de la conception des technologies à leur utilisation”. La responsabilité, a-t-elle dit, est “collective”, impliquant États, Nations unies, institutions nationales et entreprises, y compris pour protéger les travailleurs du numérique.
Face à ces défis “globaux”, elle a appelé à une coopération renforcée et à un accès équitable à l’IA. “Ne laisser personne de côté est une responsabilité”. “Ce ne sont pas les technologies qui décideront de notre avenir. C’est nous”, a conclu Mme Bouayach.
Prenant la parole lors de cette conférence, organisée dans le cadre de l’Assemblée annuelle de GANHRI, le Haut-commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, Volker Türk, a affirmé que les institutions nationales des droits humains (INDH) sont des acteurs clés pour défendre ces droits, aujourd’hui menacés par la montée des divisions, la stigmatisation des minorités et le recul des libertés, notamment d’expression.
À ces défis s’ajoute une dimension numérique croissante, a-t-il ajouté, citant des réseaux sociaux, dont beaucoup deviennent des vecteurs de haine, des technologies, dont l’IA, utilisées dans les conflits, l’exploitation des données par de puissants acteurs privés, et les violences en ligne touchant particulièrement les femmes et responsables publics.
Si ces dérives ne sont ni inévitables ni accidentelles, le numérique offre aussi des opportunités majeures pour documenter les violations, mobiliser les citoyens et prévenir les abus, a relevé M. Türk, notant que les institutions sont appelées à la fois à exploiter ces outils et à encadrer leurs impacts, en promouvant des régulations fondées sur les droits humains.
L’enjeu, a-t-il conclu, est de faire du digital un levier au service de l’humanité, et non un facteur d’atteinte aux libertés.
De son côté, le président du Conseil des droits de l’Homme (CDH), l’ambassadeur indonésien Sidharto Reza Suryodipuro, a rappelé un principe clé : “les mêmes droits que les personnes exercent hors ligne doivent aussi être protégés en ligne”.
Les institutions nationales, a-t-il souligné, apportent une contribution cruciale en relayant les réalités du terrain, notamment sur l’impact concret des technologies numériques. Leur rôle est central pour garantir une mise en œuvre “fondée, mesurable et responsable” des droits humains et pour nourrir les travaux du Conseil dans un contexte en mutation.
Dans une déclaration vidéo adressée à la conférence, l’administrateur du PNUD, Alexander De Croo, a lui aussi alerté sur l’impact des technologies numériques, qui “transforment le débat public plus vite que les lois ne peuvent répondre”, entraînant une érosion de la confiance envers les institutions.
Dans ce contexte, les INDH sont “plus essentielles que jamais” pour garantir les normes, renforcer la redevabilité et relier citoyens et autorités, a-t-il souligné, notant que le PNUD soutient leur adaptation, notamment via des outils numériques.
“La confiance est la monnaie la plus précieuse”, a-t-il insisté, soulignant que ces institutions en sont les garantes, au service de la paix, de la justice et du développement.
Commentaires