Marrakech, et le Kawkab, pleurent un de leurs grands hommes, Allal Akouri

Marrakech, et le Kawkab, pleurent un de leurs grands hommes, Allal Akouri

Alors qu’on parle en grande pompe de football et de fédération, d’exploits et de personnes emblématiques, un homme discret s’est éteint, discrètement, entouré de l’affection des siens et emportant avec lui les souvenirs de ce qu’il a vu du Maroc, et de ce qu’il avait contribué à faire de Marrakech. Allal Akouri est mort à Agadir à 85 ans, des suites d’une longue maladie.

Il était ingénieur des mines de formation et cimentier de profession. Il avait entamé son parcours professionnel à l’OCP, où il avait côtoyé les grands comme Mohamed Karim Lamrani ou encore Abraham Serfaty. Puis il rejoignit un grand groupe cimentier auquel, dans son total désintéressement, il avait offert un brevet de production. Il était comme ça, lui…

Puis, au crépuscule des années 70, il prit la direction générale de la cimenterie de Marrakech, Asmar ; une entreprise alors en totale déconfiture. Toujours aussi fonceur qu’accrocheur, il accepta le défi qui aurait pu le couler dans du béton, mais il en fit une sorte de muraille de protection du social à Marrakech. Oui, cela peut paraître emphatique et lyrique mais feu Ssi Allal était ainsi, la main sur le cœur, le cœur gros comme ça, ne comptant pas et se dépensant sans compter. Il avait ce don assez rare, surtout par les temps qui courent, d'embrasser un problème du regard et d'en trouver la solution, de comprendre les choses globalement et d'agir dans le détail.

Marrakech ne l’a pas oublié, elle le pleure… Les jeunes d’alors, seniors aujourd’hui, qui l’ont connu évoquent aujourd’hui avec émotion son souvenir et retiennent avec peine leurs larmes.

Il s’investit dans le social, et le sport est du social. Alors il prit la tête de la section football du prestigieux Kawkab de Marrakech, qui connut sa grande période, son épopée qu’il n’avait plus connu depuis la fin des années 50. Sous sa direction, le Kawkab remporta la coupe du Trône en 1987 et le championnat national en 1992. C’était la dernière fois. En 1995, il intégra le Comité provisoire de la Fédération royale marocaine de football, sous la direction du général Housni Benslimane.

Pendant sa présidence du club, il avait su s’entourer de personnalités marquantes et dévouées, à l’image d’un Jamal Benjelloun, et il avait pu s’attirer le soutien de personnages marquants et emblématiques de la ville, comme Moulay Mamoun Boufarès ou l’ancien chef de la sécurité royale, enfant de la ville. Et c’est avec eux que la première tentative de professionnalisation des clubs de foot avait été entamée, sans tambours ni flonflons. Feu Allal Akouri avait lancé la construction d’un complexe commercial autour du stade Harti, et des recettes levées il avait pu financer formation, déplacements, stages et autres choses bien utiles pour le club. Résultats : coupe du Trône, Championnat, talents repérés et propulsés…

Au chapitre culturel, Feu Allal Akouri avait lancé avec l’association du Grand Atlas dont il était la cheville ouvrière le Festival international de la musique et de la jeunesse de Marrakech, avec le légendaire Alpha Blondy et le mythique Randy Weston dont il était devenu l’ami. Les choses s’étaient arrêtées là car à l’époque, la culture était le parent pauvre d’à peu près toutes les politiques publiques.

Puis feu Allal Akouri avait été porté, à son corps défendant, à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marrakech. C’était durant les années 90, et le choix des Marrakchis, en mal de trouver des dirigeants aptes et volontaires, l’avaient en quelque sorte « obligé » à accepter cette présidence.

Avec tout cela, le défunt n’était pas un cumulard, non… il était un forçat du travail. Mais un forçat souriant, toujours le mot pour rire, avec l’humour et le calembour, jusqu'à ses derniers instants quand, entouré par une escouade de médecins affairés, il avait la plaisanterie à la bouche ! Il était mécène et collectionneur, il était amazigh et aimait la danse rythmée, il était serviable et acceptait d’être corvéable par à peu près tout le monde. C'est pour tous ces efforts et ce sacerdoce qu'il portait éternellement qu'il avait été décoré par feu Hassan II en personne, du Wissam Alaouite (photo).

Mais surtout, feu Ssi Allal Akouri était un mari attentionné et aimant pour son épouse, un père tendre et attendrissant pour ses filles, un grand-père veillant à sa petite-progéniture, et un beau-père que ses gendres, dont l’auteur de ces lignes, pleurent aujourd’hui. Comme la ville de Marrakech.

Aziz Boucetta  

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