Presse marocaine : l’ANME appelle à revoir le modèle économique du secteur

Presse marocaine : l’ANME appelle à revoir le modèle économique du secteur

Réunie en assemblée générale ordinaire à Casablanca, l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME) a appelé à une restructuration du secteur de la presse, mettant l’accent sur la viabilité économique des entreprises, la professionnalisation du métier et une meilleure orientation des aides publiques.

La réforme du secteur de la presse marocaine revient au cœur des priorités de l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME). Lors de son assemblée générale ordinaire, tenue mardi 27 octobre à Casablanca sous la présidence de Driss Chahtane, l’Association a plaidé pour une transformation du modèle économique des entreprises médiatiques, estimant que la pérennité du secteur passe par davantage de structuration, de professionnalisme et de capacité d’investissement.

Au centre des discussions figure notamment la question du soutien public. Alors que le projet de loi de finances 2027 prévoit une enveloppe de 247 millions de dirhams en faveur de la presse, l’ANME défend une approche privilégiant la modernisation des entreprises, le développement de leurs capacités de production et l’amélioration de la qualité journalistique.

Pour l’Association, les aides publiques ne devraient pas se limiter à couvrir les charges courantes des entreprises, mais contribuer à renforcer durablement leur compétitivité. La formation des journalistes, la création d’emplois déclarés, la protection sociale et l’adaptation aux mutations numériques constituent, à cet égard, des leviers essentiels.

Structuration professionnelle : un chantier prioritaire

La question de l’organisation du secteur a également occupé une place importante dans les échanges. Selon les chiffres avancés lors de l’assemblée générale, 379 entreprises de presse bénéficieraient actuellement d’aides publiques, tandis que 59 seulement seraient structurées et affiliées à des organisations professionnelles.

Ces données alimentent les interrogations sur les critères d'accès au soutien public et sur les mécanismes permettant de garantir une répartition transparente des ressources. L’ANME appelle ainsi à renforcer les exigences professionnelles et à mieux encadrer les conditions d'éligibilité aux dispositifs d'aide.

La revalorisation du statut du journaliste et de la carte de presse professionnelle figure également parmi les pistes évoquées par Driss Chahtane. Une réflexion serait par ailleurs engagée autour de l'éventuelle instauration d'une licence d'exercice de l'activité médiatique, dans un contexte marqué par les interrogations sur les conditions d'accès à la profession et les exigences liées à son exercice.

Toutefois, la réorganisation du secteur devra tenir compte de la diversité du paysage médiatique national. Les petites entreprises, les publications régionales et les structures émergentes doivent pouvoir poursuivre leur activité, afin que les réformes ne se traduisent pas par un affaiblissement du pluralisme.

Le CNP et les défis de la transformation numérique

La mise en place des nouvelles instances du Conseil national de la presse (CNP), présidé par Mokhtar Laghzioui, ouvre une nouvelle séquence pour la régulation du secteur. L’ANME a exprimé sa disposition à contribuer aux chantiers de modernisation, notamment en matière de déontologie, de qualité de l'information et de consolidation économique des entreprises médiatiques.

Au-delà des questions réglementaires et financières, l'évolution de la presse dépend également de sa capacité à investir dans ses ressources humaines et à s'adapter aux transformations technologiques. La formation continue, la maîtrise des outils numériques et l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus de production figurent parmi les enjeux auxquels les rédactions sont désormais confrontées.

Dans un environnement où les usages de l'information évoluent rapidement, les entreprises de presse sont appelées à repenser leurs méthodes de travail, leurs offres éditoriales et leurs sources de revenus pour préserver leur audience et leur compétitivité.

Des ambitions à concrétiser

À l'approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l'Espagne et le Portugal, les médias nationaux sont également appelés à accompagner les transformations du Royaume et à contribuer à son rayonnement international. Une ambition qui suppose des entreprises capables de produire une information fiable, indépendante et de qualité.

Sur le plan financier, les comptes présentés à l'assemblée générale font état, au 30 septembre 2026, de recettes de 505.225,61 dirhams pour des dépenses de fonctionnement de 605.180,19 dirhams, soit un déficit provisoire de 99.954,58 dirhams. La situation de trésorerie demeure néanmoins positive, avec des disponibilités financières dépassant 1,72 million de dirhams.

À travers les orientations défendues lors de cette réunion, l'ANME met en avant la nécessité de faire évoluer la presse marocaine vers un modèle plus structuré et économiquement durable. La concrétisation de cette ambition dépendra toutefois de la mise en œuvre de mesures précises, de critères d'aide clairement définis et de mécanismes d'évaluation permettant d'en mesurer les résultats.

Au-delà des intérêts des entreprises de presse, l'enjeu concerne la capacité du secteur à garantir une information crédible, à préserver le pluralisme éditorial et à accompagner les évolutions économiques et sociales du pays.

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