(Billet 1330) – On ne remercie pas assez nos forces de l’ordre !

(Billet 1330) – On ne remercie pas assez nos forces de l’ordre !

Dans tous les pays où les forces armées ou de sécurité sont engagées, peu ou prou, il est de coutume de leur adresser des remerciements, des félicitations, de leur témoigner gratitude et reconnaissance. Aux Etats-Unis et en France, en Espagne ou en Chine populaire, en Colombie et encore au Mali, les gens, responsables soient-ils ou simple civils, témoignent avec force de leur appréciation pour le travail de ces gens qu’on s’est habitués à voir au bord des routes ou sur les fronts quand ils sont ouverts, ou à ne pas voir mais en sachant qu’ils sont là. Oui, on s’est habitués, tellement que cela est entré dans le décor, mais réfléchissons-y un instant… Ils le méritent.

Et réfléchissons aussi à cette simple définition de ces gens : le pompier entre dans le bâtiment qui brûle, le policier intervient lorsque les autres s'éloignent, le soldat accepte éventuellement de tuer ou d'être tué ; et tous sacrifient une part de leur bien-être  au bénéfice de leurs compatriotes ou acceptent une part de risque pour en protéger l’ensemble de la société.

Entourés de fous furieux du Polisario, et de dangereux idéologues extrêmement militarisés en Algérie, il faut bien que quelqu’un veille et nous procure de la confiance, qui passe par la sécurité, et c’est l’armée royale qui est à la manœuvre. La délinquance et la violence urbaines au quotidien, le terrorisme international, la criminalité transnationale, tout ceci, nous le vivons, dans un pays comme le Maroc qui est au carrefour des pays et des continents, et on ne le voit pas, mais nous en sommes prémunis grâce à la veille des services de police… le feu brûle au nord, au centre, des forêts entières se consument, et l’année dernière, des villes comme Larache ou Ksar el-Kébir étaient cernées et menacées par les flammes, et c’est passé… mais les pompiers étaient là et agissaient, au péril de leur vie, comme là-haut dans la montagne, quand le sol avait tremblé, en 2023. Et dans les villes, les délinquants, les violeurs et les voleurs, les sabreurs d’innocents et les frappeurs d’épouses, les escrocs en col blanc ou bleu, les accidents et toussa, qui veille, qui régule ?  La police.

Soldats du feu ou soldats tout court, gendarmes ou policiers dans toutes leurs fonctions et leurs spécialités, sont des gens très majoritairement jeunes, et tous, sans exception, ne sont nullement responsables des faits, effets et méfaits qu’ils combattent tous les jours, de jour et de nuit, qu’il vente ou qu’il pleuve. On oublie trop souvent de leur rendre hommage, l’hommage qu’ils méritent, la reconnaissance que nous leur devons. Nous gardons à l’esprit les problèmes qui surviennent et les dangers qui guettent, mais on oublie toujours ceux qui ont permis de les régler ou de les atténuer…

Aux Etats-Unis, la fameuse formule « thank you for your service » est entrée dans l’usage quotidien, adressée aux trois corps de métiers que sont les soldats, les pompiers et les policiers, et elle est le fait de toutes et de tous, officiels et civils, organisations privées et institutions publiques. En France, il en va de même, avec une insistance remarquée, et souvent même excessive, aux forces de l’ordre et aux armées, en plus des pompiers. Au Japon, au Royaume-Uni, en Australie, en Espagne… c’est partout pareil, la gratitude et la reconnaissance.

Il est intéressant de constater que dans les monde arabe et africain, les armées sont quasiment sacralisées, au contraire des polices, dont les parcours et les histoires récentes sont émaillées d’accusations souvent vraies et documentées de violences et de corruption. Mais le cas du Maroc est encore plus intéressant car il se situe à mi-chemin entre les Occidentaux d’une part, les Arabes, Africains et Latinos d’autre part. Au Maroc, l’armée est respectée depuis l’indépendance, et même avant, les pompiers commencent à recevoir la reconnaissance qui leur est due, et la police aussi ; les moins de vingt ans ne le savent peut-être pas mais cette police a singulièrement changé depuis une quinzaine d’années. Le « nouveau concept de l’autorité », défini par le roi Mohammed VI au début de son règne, a mis du temps à trouver son chemin dans les rangs de la police, mais c’est désormais le cas, malgré les inévitables abus et bavures, par ailleurs dûment critiquées et condamnées par la société et régulièrement sanctionnées par les hiérarchies.

Mais chez nous, au Maroc, l’essentialisme règne en maître et la mémoire a la peau dure. On persiste à voir en la police l’héritière de celle des années de plomb, comme si rien n’avait évolué, comme si rien ne s’était amélioré. C’est une erreur, c’est une faute, c’est un manque de gratitude et d’appréciation à l’égard de personnes qui ont choisi de prendre des risques pour que l’ensemble de l’édifice social soit prémuni  et les citoyens protégés.

Nous vivons encore dans une société où dire merci à la police, aux pompiers et à l’armée est toujours ringard, quand la personne reconnaissante n’est pas qualifiée de « 3ayache » ! Peut-être est-ce une question d’habitude et d’ancrage culturels, où le roi serait le seul à exprimer sa reconnaissance appuyée aux forces de l’ordre dans ses discours, mais cela serait une erreur de la part des responsables, des politiques, des acteurs de la société civile, et même des citoyens lambda.

A la place, nous vivons encore avec le prisme des années 80 et 90. Prenons un exemple. A Gdim Izik, des gens ont été filmés en train d’égorger un militaire, un pompier désarmé, avant de se soulager sur leurs dépouilles. Arrêtés, jugés et condamnés à de très lourdes peines, ces assassins continuent d’être soutenus par les inlassables défenseurs des droits, nationaux ou étrangers, qui n’ont pas renouvelé leurs regards et leurs conceptions. L’esprit focalisé sur l’Occident qui serait respectueux d’à peu près tout, ils omettent de voir ce qui se produit dans ces mêmes pays où les droits sont de plus en plus bafoués mais où les forces de l’ordre relèvent presque du sacré… Nos militants devraient en prendre de la graine, et se souvenir de cet extraordinaire élan de sympathie et de reconnaissance témoigné aux corps médicaux et paramédicaux et aux services d’ordre durant la pandémie Covid, quand les gens confinés applaudissaient ces héros depuis leurs fenêtres.

Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, disait Beaumarchais, ce qui est vrai… et nous pourrions ajouter que sans capacité à louer, il n’est guère de critique crédible ! Gardons en mémoire ces policiers attaqués, tabassés, lynchés en octobre 2025 et ces autres chargés de « protéger » la barrière grillagée de Sebta cette semaine ; souvenons-nous des feux de forêts très rapidement maîtrisés et fixés durant cet été et les précédents, ainsi que les interventions meurtrières dans des usines qui explosent et des bâtiments qui s’effondrent, et n’oublions pas les attaques répétées contre la ville de Smara et les incursions du Polisario à l’est du Mur au Sahara ; remémorons-nous le triste épisode vécu par les habitants de Ksar el Kébir en février dernier, avec l’armée, la police et les pompiers pour organiser l’évacuation de 150.000 personnes, puis assurer la sécurisation de leurs domiciles, avoirs et biens ; ayons une pensée pour ces Berrid, Haramou, Hammouchi, Mansouri (Yassine, bien sûr...), quotidiennement insultés et leurs familles avec eux par des voyous expatriés, avec le consentement muet des autorités des pays d’accueil… Et témoignons de notre reconnaissance à tous ces corps, leurs chefs et leurs éléments qui, encore une fois, redisons-le, s’exposent sur des fronts ou interviennent dans des situations dont ils ne sont jamais responsables, des fronts et des situations que les politiques ont directement ou non créés et que des jeunes sont chargés de maîtriser, à leurs corps défendants, au péril de leurs vies.

Une fois cela fait et admis, la critique des inévitables abus serait plus crédible et même salutaire car toute institution a besoin d’être critiquée et de se savoir surveillée pour s’améliorer. Mais en attendant, apprenons et sachons remercier ces invisibles… convenons que les services d’ordre, armée, police et pompiers confondus, sont les héros invisibles des multiples dangers et périls qui guettent !

Aziz Boucetta

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