(Billet 1345) – Istiqlal et USFP sont-ils encore capables d’un sursaut historique ?

(Billet 1345) – Istiqlal et USFP sont-ils encore capables d’un sursaut historique ?

Le PAM est sorti « vainqueur » des élections et sera donc appelé à « diriger » le gouvernement. Il lui faudra une majorité pour remonter la centaine de députés qui lui manquent pour atteindre la majorité absolue. En principe, le calcul est simple ; en s’adjoignant l’Istiqlal, il ne lui manquera que 36 députés. Cela ne devrait pas être si difficile à trouver, eu égard aux immenses ambitions des uns et des autres. Peut-être l’UC/MDS et le MP, sans doute l’Istiqlal et l’USFP, pas le PJD et le PPS, mais cela ne sera sans doute pas compliqué. Nous sommes donc plus dans l’arithmétique et moins dans la politique. Faisons alors un peu de politique …

L’observateur averti aura sans doute remarqué que la scène politique se polarise de plus en plus ; pas dans l’antagonisme droite-gauche, ni même conservateur-progressiste, mais dans celui d’un spectre de l’éthique politique, du plus au moins. D’un côté, le PJD augmente spectaculairement ses effectifs, passant de 13 à 54, le PPS qui, bien qu’ayant (curieusement) reculé, a fait de la moralisation son cheval de bataille, et l’Alliance de gauche passe de 2 à 8 ; et de l’autre côté du spectre, le PAM et le RNI, qui n’ont pas fait de l’éthique leur souci premier sur les cinq dernières années. On peut y ajouter l’Istiqlal qui, bien que n’étant impliqué dans aucune des turpitudes enregistrées depuis 2021, a quand même regardé ailleurs quand elles se produisaient ; et bien sûr l’USFP, qui ne préserve que quelques souvenirs de son aura et éthique passées.

Une fois que le roi aura nommé le futur chef du gouvernement et qu’il l’aura chargé de former le gouvernement, et donc la majorité, celui-ci (peut-être celle-ci) devra trouver 100 députés, en deux ou trois partis. Il est possible que pour faire simple, le PAM qui se moque généralement de l’avis général prenne sa calculatrice pour compter et son téléphone pour appeler et l’affaire sera réglée pour former une majorité faite de partis disponibles, MP, UC, MDS,.... La chose sera rapidement emballée et les choses encore plus vite expédiées. Et le PAM y sera, enfin…

Mais aujourd’hui, face à une opposition (PJD, gauche et vraisemblablement PPS) qui promet d’être remuante et qui prophétise un rude mandat aux PAMistes, il est plus que probable que pour gommer, effacer ou au moins atténuer certains remugles de certaines affaires, le nouveau chef du gouvernement ira chercher des partis au prestige historique aussi grand que le sont les ambitions de leurs cadres et chefs. L’Istiqlal et l’USFP.

Mais Istiqlal et USFP, pour des raisons différentes, ont singulièrement érodé l’immense prestige légué par leurs Anciens. S’ils entrent dans ce gouvernement en devenir, ils rongeront encore un peu plus cet héritage, mais ils garderont tout de même leurs instances internes. Or, durant cette campagne électorale et même avant, Istiqlal et USFP n’ont cessé de proclamer leur attachement à la démocratie interne. Ils ont tous deux un conseil national, qu’ils présentent comme l’organe délibératif suprême du parti. Le PJD l’a fait, avec un vote à main levée, et le RNI aussi a dit qu’il allait le faire, et ce sera certainement aussi à main levée, bien que les deux organes des deux partis ne soient pas tout à fait les mêmes…

Gageons que l’Istiqlal et l’USFP, aussi, sacrifieront à ce rite de soumettre la décision de participer ou non au futur gouvernement PAM à leurs conseils nationaux respectifs. Cela fait bien, mais gageons également que le vote sera à main levée. L’avantage d’un vote à main levée est de savoir qui a voté quoi, pour la suite des événements.

Ces deux partis, l’un issu du mouvement national et l’autre issu du premier, doivent cette fois jouer le jeu démocratique, véritablement ; ils en seront grandis. Si pour le PJD, le résultat négatif du vote ne faisait pas de doute, et si pour le RNI, il est évident (sauf immense surprise) que le résultat sera très certainement positif pour rester au gouvernement, concernant l’Istiqlal et l’USFP, un retour aux fondamentaux serait salutaire. Il n’est pas certain que l’ensemble des cadres et des députés voient d’un bon œil une alliance avec le PAM et peut-être le RNI. S’ils avaient, en 2025 et 2026, opté pour la méthode du vote du Conseil national à bulletins secrets, les commissions d’enquête sur la question des viandes auraient vu le jour ; cela n’a pas été le cas, les commissions d’enquête n’ont pas été installées et les conséquences, tout le monde les connaît.

Aujourd’hui, la question est de s’allier à un parti qui a dirigé le ministère de la Justice sans aucun texte sur la moralisation de la vie publique, qui pour réussir a dû s’adjoindre les services d’un haut commis de l’Etat venu spécialement en « mission » de sauvetage, qui a plusieurs de ses anciens dirigeants en prison pour de lourdes charges…

Que le comité exécutif de l’Istiqlal et le bureau politique de l’USFP décident de soumettre la question de la participation au gouvernement au vote à leurs conseils nationaux, qu’ils décident que ce vote se déroule à bulletins secrets, et cela restaurerait leur prestige et les réinstallerait dans la position qui fut la leur d’antan. Nizar Baraka et Driss Lachgar sont-ils capables d’une telle audace institutionnelle ?  Le premier saura-t-il procéder à l’autocritique prônée par le fondateur de son parti, et le second pourra-t-il se souvenir de l’option démocratique à l’origine de sa fondation ? Sauront-ils résister aux ambitions internes ? Pourront-ils tenir bon face à d’éventuelles pressions externes ? Seront-ils capables de retrouver leur rang de figures de proues de la politique nationale ? Sont-ils en mesure d’opérer un sursaut historique ? Ont-ils seulement le sens de l’Histoire ? Les réponses à ces questions seront vraisemblablement négatives… et le PAM se frotte déjà les mains d’aise.

Et pourtant, le moment est éminemment historique, et ô combien sensible.

Aziz Boucetta

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