(Billet 1337) - RNI et PAM s’étripent aujourd’hui… mais pourront gouverner ensemble demain !
L’un des effets les plus inattendus de l’existence du PAM est de renforcer ses adversaires. Hier, c’était le PJD d’Abdelilah Benkirane, quand le PAM était dirigé par Ilyas el Omary, et aujourd’hui, c’est au tour du RNI, dirigé par Aziz Akhannouch et aussi, un peu, Mohamed Chaouki, et qui se victimise face au Tracteur. Ils sont plus de trente partis mais on ne voit qu’eux deux… ces deux-là sont trop aigres pour être vraiment honnêtes, dirait Brel. Et dire qu’ils nous ont « gouvernés » ensemble ces cinq dernières années… et dire qu’ils pourront très bien rempiler les cinq prochaines.
Dès le départ, en septembre 2021, l’attelage était bancal car la majorité formée ce mois-là était bien plus arithmétique qu’idéologique, plus pragmatique que programmatique. Il fallait la moitié des 395 députés pour atteindre la majorité absolue et à eux deux, PAM et RNI, ils y étaient presque, à quelques voix près. Ils auraient pu ramasser un petit parti pour combler le fossé, mais ils ont préféré aller au troisième dans le classement, l’Istiqlal, qui présentait l’avantage de la légitimité, du prestige et du confort de voix, amenant avec lui ses 80 élus. Et ainsi, avec l’alors surpuissant RNI et le toujours survolté PAM, l’Istiqlal en avait été réduit à se voir offrir et à accepter le rôle de faire-valoir, un faire-valoir qui apportait son onction historique et idéologique à une coalition faite de bric et de broc, s’appuyant sur le fric et le troc.
Cinq années durant, ces trois partis ont fait tourner la machine gouvernementale, enchaînant les réalisations techniques qui, de toutes les manières et même sans eux, auraient eu lieu. Barrages construits, croissance satisfaisante, investissements étrangers au rendez-vous, école en voie de réforme, santé un peu moins en méforme, industrie en développement, lois nouvelles promulguées, mais bien naïfs sont ceux qui penseraient vraiment que tout cela serait dû à une action gouvernementale résolue, cohérente et intégrée. Il a été en effet établi que l’Etat peut tourner sans le gouvernement…
Cinq ans plus tard, les élections sont à nos portes. On déroule les chiffres, on enchaîne les satisfécits, on toise les adversaires, on promet tout et son contraire, et si ce n’est pas crédible, tant pis. Le parti de l’Istiqlal, comprenant bien tard mais comprenant quand même, prend ses distances avec ces deux-là qui furent ses alliés mais jamais ses amis. Nizar Baraka doit se demander ce qu’il est allé faire dans cette galère car maintenant, il rame pour se maintenir à flot ; et comme d’habitude, le parti survivra. En effet, quand on a résisté aux Français, dépassé la grande et fameuse scission de 1959, tenu bon à la mort d’Allal el Fassi, avalé la couleuvre de la primature/non-primature de 1993, et subi Hamid Chabat, on peut surmonter les autres difficultés…
Pour le RNI et le PAM, les choses en vont différemment. Ces deux partis, nés dans la féconde matrice makhzénienne, souffrent aujourd’hui de leurs lacunes prénatales. L’avantage de n’avoir pas d’idéologie connue et identifiable leur procure l’avantage de ratisser très large dans leurs recrutements électoraux, mais l’inconvénient est que leurs maisons deviennent des auberges espagnoles où l’on trouve un peu de tout. L’opacité vient aussi de la tête de leurs deux appareils.
Au RNI, Aziz Akhannouch a fait une volte-face de janvier à juin, renonçant sur un coup de tête (ou un coup de fil) à la présidence du parti avant d’y revenir avec éclat quelques mois après. Son successeur désigné et même « élu » en février ne semble garder comme attributs de pouvoir que la nuée de gardes du corps qui le séparent résolument et musculairement de la foule lors de récents meetings, mais il ne semble plus avoir la main pour diriger un parti avec plein de biais et le plein de billets. La fameuse et cocasse fuite de l’intervention de Rachid Talbi Alami lors d’un bureau politique du parti montre bien que le chef n’est pas celui qu’on dit mais celui qu’on pense l’être.
Le RNI cumule aujourd’hui les revers mais ses chefs se pavanent toujours autant, égrenant des réalisations qui ne se reflètent pas dans la population. Ses cadres le fuient de plus en plus nombreux, de plus en plus vite, et vont rejoindre le PAM revenu à leurs yeux en odeur de sainteté depuis l’arrivée de Fouzi Lekjaâ.
Fouzi Lekjaâ… il est devenu, à lui seul, PAM, au grand dam d’une direction collégiale toujours là mais moins visible. Fouzi Lekjaa, quand il apparaît quelque part et qu’on observe la qualité de l’accueil à lui réservé, on se demande vraiment si c’est le membre du BP du PAM que le bon peuple acclame ainsi, tout à sa joie, ou le patron du foot national et l’artisan, entre autres, des succès marocains en foot ces dernières années. Ayant passé les douze dernières années à courir après les trophées, M. Lekjaâ en est devenu un lui-même, que le PAM exhibe et brandit. Pauvre Lekjaa, on ne sait si on doit envier son sort de devenir un futur patron du PAM, et peut-être du gouvernement, ou penser qu’il était sans doute plus heureux de gérer le sort du foot africain, et surtout celui d’Infantino, d’organiser un Mondial sur son sol, de négocier avec des premiers ministres, de rencontrer des chefs d’Etat, de côtoyer les grands de ce monde. Toujours est-il qu’aujourd’hui, il a presque endossé le costume de chef du PAM, et il semble plutôt y prendre goût…
Le problème est que ces deux partis, dont les états-majors s’échangent des noms d’oiseaux et se laissent même parfois aller à des accusations graves, risquent fort de gouverner ensemble, encore une fois. Les moyens déployés par les deux sont tellement énormes que le podium électoral semble d’ores et déjà plié, que la dirhamisation de la politique s’installe, et que la future majorité risque fort de réunir ces deux-là que rien pourtant n’unit, sauf leurs conditions de naissance. Dans ce cas-là, et après cinq années de réalisations certes mais aussi de soupçons divers et de révélations multiples ici et là, il faudra expliquer à l’opinion publique ce qui rapproche et ce qui soude deux partis politiques qui, quelques jours seulement avant, s’étripaient avec entrain.
Le PPS se contentera d’essayer de sauver les meubles et le PJD pourrait créer la surprise ; quant à l’Istiqlal, il s’est placé dans une position d’outsider discret qui serait peut-être le favori secret. Par défaut.
Ainsi se déroulera cette élection, et les programmes présentés par les différentes forces en présence sont davantage de la poudre aux yeux ou des promesses de Gascon qui ressemblent à du travail fait par IA ou par un consultant payé à prix d’or, ou les deux. Et donc, répétons-le, tout ceci se passe alors que le Maroc a une jeunesse qui bout, à bout, et il s’apprête à recevoir les médias du monde entier dans la perspective du Mondial 2030. Serrons les dents et attendons le 23 septembre au soir.
Aziz Boucetta
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