Le CESE plaide pour une économie du soin intégrée aux stratégies sectorielles et territoriales
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- 29 janvier 2026 - 10:00 --
- Maroc
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) plaide pour une économie du soin à autrui intégrée dans les stratégies sectorielles et territoriales, a indiqué, mercredi à Rabat, le président du Conseil, Abdelkader Amara.
S’exprimant lors d’une rencontre consacrée à la présentation de son avis intitulé “Reconnaître et organiser l’économie de soin à autrui au Maroc: enjeux et perspectives”, M. Amara a mis en avant l’importance de cette économie, regroupant l’ensemble des activités, rémunérées ou non, formelles ou informelles, liées à l’accompagnement et à l’assistance des personnes en situation de dépendance ou de vulnérabilité, dans le développement humain, social et économique.
La thématique de cet avis revêt une importance stratégique croissante, au regard des mutations démographiques et sociétales profondes que connaît le Maroc, notamment le vieillissement démographique accéléré et la transition progressive de la société vers des structures familiales nucléaires, a-t-il précisé.
Cette situation exerce une pression croissante sur les systèmes de santé et de protection sociale et augmente considérablement les besoins en soins à autrui, a-t-il poursuivi, notant que ces prises en charge, majoritairement assurées par les femmes, reposent largement sur les solidarités familiales, ce qui exacerbe les inégalités entre les sexes et réduit la participation des femmes à la vie économique, sociale et politique.
Face à ce constat, l’adoption d’une stratégie nationale du soin à autrui structurée et intégrée s’avère nécessaire, en ce sens qu’elle permettra d’ériger l’économie du soin en un véritable levier du développement humain, social et économique, tout en favorisant un partage plus équitable des responsabilités entre la famille, les collectivités territoriales, les professionnels et la société civile, a fait remarquer M. Amara.
Dans ce sens, il a proposé un ensemble de recommandations structurées autour de quatre axes. Il s’agit de faire de l’économie du soin un enjeu national, à travers notamment la mise en place d’un mécanisme national de gouvernance dédié, la création d’un cadre juridique unifié, l’intégration de l’économie du soin à autrui dans les stratégies nationales et l’implication du secteur privé et de la société civile.
Il s’agit également de valoriser les métiers du soin à autrui en les professionnalisant et de reconnaitre les professionnels comme piliers du bien-être social, tout en garantissant des conditions de travail décentes.
Le troisième axe préconise, quant à lui, d’assurer une répartition équitable du soin à autrui par des dispositifs inclusifs et solidaires, via particulièrement la mise en place de dispositifs légaux et organisationnels et l’instauration d’un cadre fiscal incitatif, quant au quatrième axe, il porte sur l’investissement dans le développement d’une économie de soin adaptée aux réalités et aux valeurs marocaines par le biais de solutions de prise en charge innovantes.
De son côté, la rapporteure de l’avis et membre du Conseil, Zahra Zaoui, a fait observer que la structuration et le renforcement de l’économie du soin à autrui permettent d’en faire un véritable levier de développement territorial à travers des approches intégrées, de soutenir le développement territorial avec des services de proximité accessibles à tous et de créer des emplois durables, notamment pour les femmes et les jeunes, dans des domaines comme l’aide à domicile, la garde d’enfants ou l’accompagnement des personnes âgées et en situation de handicap.
Insistant sur la nécessité d’adopter une stratégie nationale du soin à autrui inclusive et durable, Mme Zaoui a indiqué que cette démarche vise à reconnaître pleinement la valeur économique et sociale du soin, rappelant que l’intégration du travail non rémunéré dans les comptes économiques est susceptible de faire croître le PIB national de 19%.
Elle a également dressé l’état des lieux de l’économie du soin à autrui au Maroc à travers un exposé présentant le contexte général et la définition de ce concept, ses enjeux et les visions et recommandations du CESE sur ce sujet.
Élaboré sur la base d’une approche participative, l’avis du CESE est le fruit d’un large débat entre les différentes catégories qui composent le Conseil et des auditions organisées avec les principales parties prenantes concernées. Il s’est également basé sur des consultations lancées sur la plateforme digitale de la participation citoyenne “ouchariko.ma” et sur les réseaux sociaux.
Cet avis a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale du CESE, lors de sa 171e session ordinaire tenue le 26 juin 2025.
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