(Billet 1308) – GMT, ou Gestion Marocaine du Temps électoral
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- 30 juin 2026 - 12:29 --
- Billet
Et le gouvernement décida de retirer le +1 à GMT+1 pour revenir à GMT tout court. C’est certainement plus simple, et c’est très certainement plus populaire. Les Marocains râlent depuis huit ans contre ce +1 mais le gouvernement n’en a jamais eu cure, sauf cette fois… parce que cette fois, c’est différent. Aussi différent que grossier ! Les élections approchent, il faut contenter le bon peuple, quitte à un peu malmener son intelligence.
On peut se féliciter de voir et savoir que la vox populi porte, mais ce serait un peu naïf tout de même car ce qui compte en réalité à travers cette annonce de GMT, ce sont les élections à venir… c’est retirer le tapis sous les pieds du PJD de Benkirane qui, le premier et le seul, a clamé sa volonté de supprimer le +1 si élu. Huit années durant, les Marocains sont devenus une variable d’ajustement économique, triturée en fonction de nos intérêts économiques et sacrifiée au titre de notre proximité à l’Europe.
Tout cela aurait été plus aisément admis s’il y avait eu, encore une fois, de l’explication, du débat contradictoire. Mais c’est là la denrée qui manquait à ce gouvernement lequel, arrivé à la fin de sa vie, a encore moins de chances de s’exprimer collectivement. Et c’est parce qu’il espère un prolongement de cette vie que la décision de retirer le +1 a été prise. Et pour rien d’autre, sinon on imagine bien que les caciques de la majorité seraient venus se répandre en explications satisfaites.
En ce mois d’octobre de l’an de grâce 2018, le gouvernement Saadeddine Elotmani prend la décision de maintenir en permanence le GMT+1, sur la base d’une étude menée par un cabinet conseil international, encore une fois. Celui-ci avait recommandé l’un des trois scénarios consistant à maintenir GMT+1 toute l’année, rester sur le GMT toute l’année ou conserver l’alternance entre les deux. Le gouvernement avait fait son choix, et le choix du premier scénario avait été immédiatement retenu. Tollé populaire, silence parlementaire, et cela dura huit longues années.
La décision prise la semaine dernière évoque néanmoins plusieurs choses… D’abord l’effritement et le délitement accélérés de la majorité gouvernementale ; le RNI a pris cette décision, seul, même si ses deux alliés PAM et Istiqlal murmurent qu’ils y ont été associés. Ensuite, prendre cette décision à quelques semaines des élections et préciser qu’elle sera effective trois jours avant '(« à la fin de l’été »), en pleine campagne électorale, indique la confusion voire la fébrilité d’un RNI qui sait qu’il n’a pas de grandes avancées populaires à défendre lors de sa campagne électorale.
Enfin, et si on considère que la décision d’appliquer GMT+1 toute l’année avait des avantages économiques, cela signifie qu’en y renonçant, on renonce aussi à ces avantages, si tant est qu’ils existent. Est-ce le cas ? Et dans la situation contraire, quelles sont les pertes à attendre du retour à GMT ?
En un mot comme en plusieurs discours, la raison initiale d’appliquer GMT+1 était économique, prise en 2018, en dehors de tout contexte électoral, et la décision de revenir à GMT est de nature sociale et surtout politique, avec des élections imminentes. Cette décision relance la course aux sièges parlementaires, et toute munition est bonne à prendre, avec les incertitudes et la fébrilité que font peser sur cette élection les ballons d’essai lancés ici et là, comme Fouzi Lekjaâ par exemple…
La bonne nouvelle reste incontestablement la force de la vox populi ; en effet, même si elle a été largement ignorée huit années durant, la forte mobilisation citoyenne, avec une campagne ayant recueilli près de 300 000 signatures en faveur d'un retour définitif au GMT au printemps dernier, a rappelé aux politiques que s’ils sont là, c’est par la grâce de leur électorat, et que l’opinion publique a quand même quelque poids dans les calculs politiciens. D’où, encore une fois, et on ne le dira jamais assez, l’absolue nécessité de voter et de s’impliquer.
Il reste la manière… la manière de prendre les décisions et celle de les expliquer, de communiquer autour, de se montrer convaincant, d’être à l’écoute. Mais ça…
Aziz Boucetta
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