Amina Bouayach plaide pour une IA respectueuse des droits de l’Homme
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- 15 octobre 2026 - 08:30 --
- Maroc
La présidente du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), Amina Bouayach a appelé, mercredi à Athènes, à placer les droits humains au cœur de la gouvernance de l'intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre les risques liés à la désinformation, aux deepfakes et aux algorithmes biaisés pour les droits et libertés fondamentaux.
S'exprimant à l'ouverture d'une conférence internationale de haut niveau consacrée aux droits de l'Homme à l'ère numérique et à l'IA, Mme Bouayach qui y participe en sa qualité de présidente de l'Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l'Homme, a souligné que les progrès technologiques, bien qu'ils induisent des opportunités pour améliorer la vie des individus et faciliter l'accès aux services, peuvent aussi porter atteinte aux libertés et accentuer les discriminations existantes.
Elle a relevé que l'intelligence artificielle et les technologies numériques offrent d'importantes possibilités d'amélioration des services publics, d'élargissement de l'accès aux droits et de renforcement de l'inclusion sociale, mais qu'elles risquent également de creuser les inégalités, de compromettre des droits et libertés fondamentaux et de faire émerger de nouvelles formes de violations.
Dans ce contexte, Mme Bouayach a rappelé le caractère universel des droits humains, dont le respect doit être garanti dans tous les domaines, y compris dans l'espace numérique. Le défi ne réside pas uniquement dans le développement technologique, a-t-elle estimé, mais aussi dans les choix politiques et juridiques qui encadrent l'utilisation de ces technologies.
La présidente du CNDH a mis en garde contre les risques liés à la désinformation, aux deepfakes et aux algorithmes biaisés, ainsi qu'à l'utilisation excessive des technologies de reconnaissance faciale, susceptibles de menacer le droit à la vie privée, le principe d'égalité et la non-discrimination.
Mme Bouayach a également appelé à renforcer les mécanismes de responsabilisation et le contrôle humain, ainsi qu'à clarifier les responsabilités liées au développement et à l'utilisation des systèmes d'IA. Elle a souligné l’importance de soumettre ces systèmes à des évaluations régulières de leur impact sur les droits de l'Homme, avant leur adoption et lors des différentes étapes de leur utilisation.
Elle a, en outre, attiré l'attention sur les risques liés à l'utilisation abusive des technologies de reconnaissance faciale, soulignant que la protection des droits ne devait pas se limiter aux résultats finaux de l'utilisation des technologies, mais couvrir également toutes les étapes de conception, de développement, de déploiement et d'utilisation des systèmes numériques.
Par ailleurs, la présidente du CNDH a plaidé pour la promotion du rôle des institutions nationales dans le suivi de l'impact de l'intelligence artificielle sur les droits et libertés et dans l'élaboration de garanties visant à prévenir les utilisations susceptibles d'entraîner des violations, des discriminations ou des atteintes à la vie privée.
Elle a affirmé que ces institutions disposent de compétences leur permettant de dépasser le simple diagnostic des risques pour contribuer concrètement à leur prévention et au traitement de leurs conséquences.
Les prérogatives des institutions nationales des droits de l'Homme leur permettent d'examiner les plaintes individuelles et de détecter des tendances plus générales en matière de violations, grâce à des mécanismes de suivi, d’enquête et de réception des plaintes. Ces dispositifs contribuent à identifier les préjudices, à donner la parole aux personnes concernées et à formuler des recommandations en faveur de voies de recours effectives et efficaces, a-t-elle expliqué.
Elle a de même mis en avant le rôle consultatif de ces institutions, notamment dans l’examen des projets de loi et des politiques publiques, ainsi que dans la formulation de recommandations à l’intention des gouvernements et des parlements, y compris avant le recours à l'IA dans les administrations et les services publics.
Dans le même sens, elle a insisté sur l'importance de la concertation et de la participation de l'ensemble des acteurs concernés, notamment les développeurs, la société civile et les catégories de population susceptibles d’être affectées par les décisions relatives aux technologies numériques, afin de tenir compte des besoins et des préoccupations des citoyens.
Elle a indiqué que le renforcement de ces rôles demeure également tributaire de la mise à disposition des connaissances, des ressources et de l'appui nécessaires aux institutions nationales, dans un contexte marqué par les défis liés à leur capacité à accompagner les transformations numériques.
La présidente du CNDH a, d'autre part, évoqué les bonnes pratiques notamment au Maroc et en République de Corée, ainsi que des initiatives internationales visant à renforcer les capacités de préparation de ces institutions. Elle a notamment cité les initiatives développées dans le cadre du partenariat tripartite entre l'Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’Homme, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, ainsi que l'initiative conjointe de l’Alliance mondiale et de l'Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).
L'appel de Mme Bouayach s'inscrit dans une dynamique plus large visant à faire de la protection des droits de l'Homme une composante essentielle des politiques en matière d'IA et à renforcer la capacité des institutions nationales à accompagner les transformations numériques, afin que les technologies soient placées au service de l'être humain et de la préservation de sa dignité et ses libertés fondamentales.
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