Fatim-Zahra Ammor : Le Mondial 2030 doit propulser le tourisme marocain
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- 23 juin 2026 - 14:00 --
- Maroc
À l’heure où le Royaume prépare les grandes échéances internationales, notamment la Coupe du monde 2030, le secteur touristique poursuit sa transformation avec pour objectif de renforcer sa compétitivité, d’élargir ses retombées économiques à l’ensemble des régions et d’améliorer l’expérience offerte aux voyageurs. Dans cet entretien, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, revient sur les performances enregistrées ces dernières années, les résultats de la feuille de route touristique 2023-2026, ainsi que les ambitions du Maroc pour s’inscrire durablement parmi les grandes destinations touristiques mondiales.
Le Maroc a accueilli près de 20 millions de touristes en 2025 et poursuit sa dynamique en 2026. Quels sont, selon vous, les facteurs clés qui expliquent cette performance et distinguent aujourd’hui la destination Maroc sur la scène internationale ?
Lorsque ce gouvernement a pris ses fonctions en 2021, le secteur touristique traversait une crise sans précédent. Les frontières étaient fermées, l'activité était quasiment à l'arrêt et l'incertitude était totale quant au rythme de la reprise mondiale.
Quatre ans plus tard, le Maroc accueille près de 20 millions de touristes, génère 138 milliards de dirhams de recettes touristiques et s'impose comme la première destination touristique du continent africain. Nous avons également gagné 12 places dans le classement mondial des destinations depuis 2019 selon le rapport de l’ONU tourisme.
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Ils traduisent la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L'assiste, ainsi que la pertinence des réformes engagées par notre gouvernement.
Lorsque nous avons lancé la Feuille de Route du Tourisme 2023-2026, dotée d'un budget de 6 milliards de dirhams, nous avons fait un choix fort : investir massivement dans le tourisme à un moment où beaucoup considéraient encore que la reprise mondiale restait incertaine. Notre conviction était simple : le Maroc dispose de tous les atouts pour rivaliser avec les plus grandes destinations internationales, à condition d'investir simultanément dans l'ensemble des leviers de compétitivité.
C'est précisément ce que nous avons fait en renforçant la connectivité aérienne, en développant la capacité d'hébergement, en diversifiant l'offre touristique, en soutenant l'investissement dans l’hébergement et l’animation, en améliorant la qualité de service et en renforçant le capital humain.
Ce qui distingue aujourd'hui le Maroc, c'est également sa capacité à proposer une diversité d'expériences uniques. Peu de destinations permettent de vivre, dans un même voyage, des expériences balnéaires, culturelles, désertiques, naturelles ou de montagne.
Au fond, la performance actuelle du Maroc valide une approche simple : une vision ambitieuse, des moyens à la hauteur de cette ambition et une exécution rigoureuse.
La feuille de route touristique 2023-2026 a été déployée dans un contexte de forte concurrence mondiale. Quels résultats chiffrés estimez-vous les plus significatifs pour mesurer son impact sur l’attractivité du Royaume ?
Le premier chiffre que je retiendrais est la création de 92 000 emplois directs en trois ans. Cela représente des opportunités concrètes pour des milliers de familles marocaines à travers le Royaume.
Je retiendrais également les 45 000 nouveaux lits ajoutés à notre capacité d’hébergement ainsi que l’augmentation de plus de 30 % de la capacité aérienne par rapport à 2019. Ces investissements ont été des moteurs essentiels de la croissance enregistrée ces dernières années et constituent les fondations de nos ambitions à l’horizon 2030 et au-delà.
Parallèlement, nous avons soutenu près de 1 700 entreprises touristiques avec le programme Go Siyaha, et certifié plus de 6 000 professionnels à travers le programme KAFAA, qui est un programme de validation des acquis de l’expérience. Nous avons également plusieurs programmes en cours avec la CNT et l’OFPPT pour améliorer la formation et assurer la montée en compétence des talents du secteur. Nous croyons fermement que la compétitivité d’une destination repose autant sur ses infrastructures que sur la qualité de ses entreprises et de son capital humain.
3 - La connectivité aérienne, l’investissement dans l’offre touristique et l’amélioration de l’expérience voyageur ont constitué des priorités de votre stratégie. Quels acquis concrets peuvent déjà être mis en avant à l’échelle nationale et territoriale ?
S’il y a un acquis majeur que je retiendrais, c’est le rééquilibrage territorial de la croissance touristique.Pendant longtemps, la dynamique du secteur reposait sur un nombre limité de destinations. Avec la Feuille de Route, nous avons fait le choix d’un modèle plus équilibré, fondé sur la valorisation des atouts des 12 régions du Royaume.
Nous sommes passés d’une logique de destinations à une logique d’expériences, à travers 14 filières touristiques déployées sur l’ensemble du territoire. En parallèle, nous avons renforcé la connectivité aérienne, soutenu l’investissement et accompagné les porteurs de projets dans toutes les régions.
Cette stratégie a produit des résultats concrets. Des territoires comme Drâa-Tafilalet enregistrent une croissance de 22 %, tandis que Laâyoune-Sakia El Hamra et Guelmim-Oued Noun progressent de près de 10 %. La transformation la plus importante n’est donc pas uniquement la croissance du tourisme, mais sa diffusion progressive à l’ensemble du territoire afin que davantage de régions et de citoyens bénéficient de ses retombées économiques.
4- À quatre ans de la Coupe du monde 2030, quel héritage touristique ambitionnez-vous de construire pour le Maroc et quels objectifs chiffrés vous fixez-vous pour positionner durablement le Royaume parmi les grandes destinations mondiales ?
Nous considérons la Coupe du monde 2030 comme un accélérateur plutôt qu’une finalité.Notre objectif n’est pas simplement de réussir un événement. Notre ambition est de tirer parti de cette échéance historique pour franchir un nouveau cap dans le développement touristique du Maroc.
Nous voulons laisser un héritage durable avec une destination plus connectée, plus compétitive, avec une offre plus diversifiée, des standards de qualité plus élevés et une croissance répartie sur l’ensemble du territoire.
Nous nous sommes fixé un objectif clair : atteindre 26 millions de touristes à l’horizon 2030 et intégrer durablement le Maroc dans le gotha des grandes destinations touristiques mondiales.
Mais au-delà des chiffres, notre ambition est que le Maroc devienne une destination de référence, capable d’offrir une expérience de qualité dans toutes ses régions et à chaque étape du parcours du voyageur. Si la Coupe du monde nous permet d’accélérer cette transformation durable, alors nous aurons réussi notre pari.
Entretien réalisé par Abdelkader El Fatouaki
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