(Billet 1313) – Fouzi Lekjaâ…oui, pourquoi pas finalement ? Si seulement il parlait…
Oui donc, le ministre du Budget, aussi délégué soit-il, a la haute main sur les finances de l’État, en a une connaissance précise, a le sens du devoir et gère le foot national d’une main de maître et de fer. Son nom circule – certainement comme ballon d’essai – dans le casting probable pour le prochain chef du gouvernement. L’homme a la plupart des qualités pour occuper la fonction, mais il en manque quand même certaines, il faut le dire.
Fouzi Lekjaâ s’est fait connaître, outre ses compétences techniques dans les domaines dans lesquels il s’investit, par une propension à la communication et à la défense de ses positions et de ses idées. Mais sa communication a une faiblesse, en l’occurrence son tempérament, ou la verticalité du pouvoir à laquelle il doit tout.
Ainsi de ce Mondial, par exemple. Fouzi Lekjaâ est en train de faire d’un indéniable succès un regrettable fiasco, échouant à imprimer dans l’opinion publique le sentiment du progrès et la nécessaire progressivité du résultat. Par son silence et son absence, il laisse s’installer l’idée de la défaite. Or, le Maroc a atteint le quart de finale du Mondial. Répétons, lentement : le Maroc a atteint le quart de finale du Mondial… Au moment où des équipes arabes et/ou africaines fêtaient leur premier but lors d’une coupe du monde, et que d’autres célébraient leur première qualification, aux 16èmes de finale… au moment où des géants quittaient la compétition, comme le Brésil, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore le Portugal !
Seulement voilà… Fouzi Lekjaâ a disparu des radars. Où est-il passé ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi persiste-t-il à se murer dans le silence ? Pourquoi donne-t-il le sentiment de l’échec ? Pourquoi n’assure-t-il pas ? Pourquoi n’assume-t-il pas ? Cela rappelle son étrange silence en 2023 après le retour du Qatar, pour le scandale des billets…
La sélection nationale est donc arrivée au Maroc, nuitamment, sans accueil officiel, en dehors des centaines de fans qui ont tenu à exprimer leur reconnaissance à nos jeunes. Le Maroc est tout de même 6ème au classement FIFA et 7ème dans ce Mondial ! Et qui a décidé de laisser se sculpter dans le ciel de Rabat (et ailleurs) la gigantesque image ‘dronée’ du grand Yassine Bounou ? Non pas que le désormais emblématique gardien marocain ne le mérite pas – bien au contraire ! –, mais il n’est pas le seul, l’équipe est un tout, et on ne saurait en différencier ses joueurs.
Le jeune espoir de la sélection Ayoub Bouaddi est sévèrement critiqué ? M. Lekjaâ ne dit rien. Le multi-blessé Neil el Aynaoui est accablé ? M. Lekjaâ ne pipe mot. Le grand Ashraf Hakimi, curieusement malmené par la justice française en plein mondial, est « lynché » pour une image le montrant souriant après la défaite ? M. Lekjaâ regarde ailleurs. L’ensemble de la sélection est blâmé pour sa pâle prestation face aux Français ? M. Lekjaâ, qui est derrière la mise en place de ce groupe, n’en a cure. Et même Mohamed Ouahbi, talentueux sélectionneur et champion du monde U20, est remis en question, et M. Lekjaâ est toujours aux abonnés absents.
Parmi les réalisations de Fouzi Lekjaâ figure en bonne place la création d’un sentiment de confiance et de fierté dans l’opinion publique marocaine. Nous avons vu les supporters se ruer vers le Qatar en 2022, puis nous les avons revu emplir les stades marocains de leur présence et les enflammer par leurs chants, et nous les avons encore vus survoler l’Atlantique et l’Amérique du Sud pour s’en aller soutenir les Lionceaux au Chili, et aujourd’hui, nous assistons à leur merveilleux spectacle dans les rues, les avenues et les stades mexicain et américains. Mais aujourd’hui, à la fin du parcours des Marocains au Mondial, un tournoi réussi, répétons-le, M. Lekjaâ est toujours dissimulé aux regards du public. La défaite est vraiment orpheline !
La Fédération royale marocaine de football tourne avec un budget de plusieurs centaines de millions de DH ; on dit 600, ou 700, un peu plus un peu moins, on n’en saura pas plus, ni moins. M. Lekjaâ n’en parle pas, ce qui est surprenant pour un ancien directeur du Budget, aujourd’hui ministre de ce même Budget ! Des centaines, des milliers de Marocains ont fait le déplacement en Amérique ; leur parler, leur expliquer, les remercier, cela s’appelle témoigner du respect à des citoyens qui le méritent très largement ! Ne rien dire, à l’inverse, cela porte un nom, le mépris.
Les jeunes joueurs, pressés, agressés, blessés, stressés, n’ont trouvé personne pour les accueillir dimanche matin. Les officiels de la Fédé n'étaient pas là semble-t-il, aucun ministre, pas même celui du Sport qui, avec le temps, ne paraît pas avoir assimilé qu’il avait aussi ce secteur en charge… On aurait pu trouver un élu local ou national, un chef de parti, ou responsable de parti, un président de club… non, les images ont juste montré des jeunes joueurs, fatigués par un mois de compétition et plusieurs heures de vol, aller avec mélancolie à la rencontre de leur public. Qui, lui, était enchanté, ravi, enthousiaste, reconnaissant. Magnifique.
Finalement, la vie en football s’est arrêtée au Maroc après la défaite contre la France. Comme si accéder à la demi-finale était devenu un droit et battre la France une obligation !... Une conférence de presse de Mohamed Ouahbi, deux ou trois déclarations meurtries de joueurs marris, et c’est fini. Rien sur la stratégie du Maroc durant ce Mondial, rien sur l’après, rien sur les chiffres et les dépenses, rien sur l’organisation et la formation.
M. Lekjaâ, qu’on a vu partout en période de victoire, est inquiétamment absent après la défaite ; il attend certainement quelque chose, quelqu’un… laissant en jachère un champ sportif et qui n’attend qu’à être labouré, laissant en peine une opinion publique exaltée qui voudrait être informée, rassurée, consolée, laissant dans le doute une sélection pourtant si talentueuse mais aujourd’hui un peu paumée par l’accueil.
C’était là la note négative sur le parcours et le comportement de Fouzi Lekjaâ. En dehors de cela, l’homme est, oui, éligible à la fonction de chef de gouvernement.
Aziz Boucetta
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