(Billet 1321) – Le discours royal, un bilan, un programme…

(Billet 1321) – Le discours royal, un bilan, un programme…

Le discours du Trône est d’autant plus attendu que depuis deux ans, le roi Mohammed VI ne délivre plus que deux adresses à la nation au lieu de quatre, le discours du Trône et celui de l’ouverture de la session parlementaire d’automne. Ces deux étapes constituent donc des points de repère, où le roi établit des diagnostics sur la nation pour le discours du Trône et sur la marche et le fonctionnement politiques pour le discours au parlement. Et c’est ce qui a été fait hier.

Tout d’abord, sur la forme… On relèvera la tenue vestimentaire du roi, en jellaba jaune, comme le prince héritier, symbolisant la continuité dynastique. Sur les 27 discours du Trône, le souverain n’a commencé à porter la tenue traditionnelle que dans les années 2020. On remarquera également l’absence du prince Moulay Rachid, généralement présent comme membre de la famille royale. Ni la tenue ni la présence du frère du roi ne relèvent de codes établis et écrits, du moins pas publiquement, mais il convient de relever surtout l’absence du prince. Enfin, et égal à lui-même et fidèle à son habitude, le roi ne fait pas un long discours, mais délivre une adresse courte et précise, en douze minutes, avec des mots soigneusement choisis.

Bien évidemment, les différents commentateurs pourraient y voir un satisfécit occultant les zones d’ombre (emploi, productivité, secteur privé en difficulté, jeunes, …), mais ces dernières relèvent plus de la gestion quotidienne, gouvernementale, que de la vision, stratégique, d’un chef d’Etat. Le roi a donc fait un discours de roi et non de chef de gouvernement.

Sur le fonds, maintenant. Le roi a fait un discours à la nation, sur l’état de la nation, mais essentiellement du point de vue social et économique. Le Maroc étant engagé dans la dernière ligne droite avant les élections législatives, le roi a affiché une stricte neutralité sur le plan politique, n’évoquant les élections qu’une seule fois, pour annoncer un nouveau gouvernement et un nouveau cycle. Trois parties peuvent être dégagées, globalement, de ce discours, des parties très inégales dans leur longueur.

1/ La continuité et la profondeur historiques (26%). Le roi revient sur le poids de la charge qui lui incombe et se présente comme « moine-roi » plus que comme roi tout court, dans le sens que sa fonction est davantage un sacerdoce qu’une sinécure. Dans un discours programme/bilan de 12 minutes, il affiche sa satisfaction personnelle au regard des acquis engrangés, affirmant et même rappelant qu’il n’est pas, et n’a jamais été, à la recherche d’une gloire personnelle mais d’acquis tangibles. Et de fait, on le voit plus dans des usines, dans la rue, dans des discussions en bilatéral annoncées plutôt que filmées, que dans des aréopages de grands de ce monde soliloquant de choses et d’autres…

Cette continuité et cette profondeur historiques conduisent le roi à souligner la centralité de la question de la stabilité et de la sécurité, citées cinq fois chacune dans ce discours. Et ces sécurité et stabilité, que nous ne semblons ne même plus voir dans un quotidien justement stable et sécurisé, sont des acquis fondamentaux. Et le roi en profite pour rappeler que le Maroc est un « pays à l’histoire millénaire, [qui] puise sa force dans ses traditions ancestrales d’Etat-nation où les institutions remplissent leur rôle dans un esprit d’harmonie et de complémentarité ». Est-ce une réponse – royale – aux différentes sirènes qui, ici et là, parlent d’une érosion de la cohésion institutionnelle, essentiellement entre différents services, ou plus explicitement d’une « guerre des services » ? Cela y ressemble et, quoi qu’il en soit, le souverain loue ces « harmonies et complémentarités », dans un satisfécit clairement délivré aux services marocains.

Un pays ne peut fonctionner, donc, sans sécurité, sans stabilité, sans respect institutionnel. C’est même le préalable à tout développement, et c’est acquis. Passons donc à l’économie et au social.

2/ L’économique et le social, et c’est la partie la plus longue du discours, environ 50 %. Là aussi, nous sommes face à un discours de chef d’Etat, qui ne va pas entrer dans les détails. Le roi énumère les succès, les réalisations concrètes et les réelles avancées accomplies par le royaume, comme fruit d’une vision stratégique et d’un suivi de tous les instants. L’heure est à l’optimisme et à l’engagement certes, mais le souverain n’oublie pas d’insister sur deux insuffisances que sont le développement territorial intégré et le financement des PME, sachant que le gros de la mobilisation de l’épargne est accaparé par les grands projets d’Etat et par les entreprises publiques.

3/ Le politique (5% du discours). Le roi reste à égale distance de la majorité et de l’opposition, mais leur signifie à toutes deux qu’elles sont là, au sein des institutions, hier, aujourd’hui ou demain après ls élections, pour exécuter les politiques générales de l’Etat et pour mettre en œuvre ses différentes stratégies, pour « la préservation des acquis et la poursuite des projets et des réformes d'envergure ». Le reste, l’efficience et l’éthique, la moralisation et les évaluations, convergences, adéquations, est laissé à la gestion gouvernementale et à la dialectique naissant entre pouvoir politique élu et société civile.

 

Il reste que les mots-clés de ce discours royal sont le duo sécurité/stabilité et le mot confiance, prononcé pas moins de trois fois. Mais s’il semble que l’adresse royale soit destinée aux partenaires étrangers et au monde, avec différentes références économiques, industrielles, sportives et diplomatiques, il est aussi une forme de réponse, mais la réponse d’un roi, à la grosse déception nourrie par les populations face au chômage des jeunes et aux failles structurelles de notre économie nationale (faible productivité des facteurs, extension du cash, financement des entreprises, non ruissellement des richesses, rentes diverses, place des jeunes et des femmes …). Le roi leur dit, en l’occurrence, de croire en ce pays et en ses ressources et surtout potentialités. Un pays qui réussit à se maintenir dans la stabilité, et ce n’est pas rien, et qui requiert la confiance de ses citoyens, et c’est important.

Le rappel et l’allusion ne sont pas fortuits, alors même que cette semaine (et aujourd’hui encore), près de 1.500 jeunes ont quitté le royaume pour se rendre dans la ville occupée de Sebta, et que voici moins d’un an, la jeunesse avait exprimé son mouvement d’humeur. D’où la mention aux élections, avec comme priorité la préservation des acquis et la poursuite des grands projets.

Le roi a expliqué les choses, il appartient à la classe politique de les mettre en œuvre, et il est du devoir de la population, jeunes et moins jeunes, de voter. VO-TER !!

Aziz Boucetta

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