(Billet 1296) - Coups bas, coups bas... Baraka !
- --
- 24 mai 2026 - 12:12 --
- Billet
On vit en ce moment au Maroc une étrange période… Une période faite de délation et d’accusations, de rumeurs en tous genres et d’attaques de toutes natures. Le but est de casser du politique, dans son acceptation large. Tous les grands personnages de l’Etat (profond soit-il ou visible) sont la cible d’un « machin » appelé Jabaroot ; externe dans un premier temps et aujourd’hui de plus en plus possiblement interne, la chose importe peu maintenant… mais les dégâts sont inquiétants. Faire passer toute l’élite responsable pour des rapaces n’est pas chose anodine, surtout à la veille d’élections majeures et d’échéances qui le sont encore davantage.
La technique est désormais rôdée. Jabaroot sort des informations, vraies ou fausses, qui sont immédiatement reprises par une vox populi friande de « viande fraîche » ; cette vox populi est amplifiée par des youtubeurs agissant de l’étranger, qui en rajoutent, inventent, insultent, éructent, et ont des followers qui, forcément, les croient. Et puis, souvent, mais sélectivement, des internautes connus au Maroc, influenceurs ou journalistes, prennent le relais et donnent aux informations – avec un certain talent il faut le reconnaître – des accents de vérité.
C’est toujours malsain, c’est invariablement malséant, et c’est de plus en plus nauséabond !
Tout le monde y passe, sans distinction, politiques dans leurs partis ou sécuritaires dans leurs institutions… élus locaux ou nationaux, anciens ministres ou ministres actuels, il n’y a que le chef du gouvernement qui échappe à ces attaques, sans doute en respect pour la fonction.
Le Maroc devient comme une sorte de terrain de jeu, mais se livrant à un jeu difficile et à terme dangereux. La scène publique devient comme une aire de ball-trap, ce sport de tir consistant à viser et détruire au fusil des cibles d'argile lancées en l'air par des lanceurs mécaniques. Dans ce jeu à l’échelle d’un pays, de toute une société, le lanceur mécanique devient un lanceur numérique, Jabaroot, les tireurs sont les internautes planqués derrière leurs écrans, mais surtout des influenceurs/youtubeurs connus ; et le sport consiste à envoyer des cibles prises au hasard puis les éclater et les voir tomber en morceaux épars, que les gens piétinent. Ces cibles sont souvent des cibles d’argile sans valeur ; concernant nombre de personnalités choisies par Jabaroot, ce sont des cibles sans valeurs (avec « s »).
D’autres, en revanche, sont des pièces de valeur (sans « s »), porteurs de valeurs (avec « s »), comme par exemple (non exhaustif) les chefs de la police et de l’Istiqlal, respectivement Abdellatif Hammouchi et Nizar Baraka. Au premier, qu’on n’a tenté d’accuser et d’accabler pour enrichissement illicite avant d’y renoncer faute d’arguments et de données, les lanceurs numériques reprochent l’atteinte à l’image de la sécurité marocaine ; las, c’est exactement le contraire qui se produit, avec une réputation interne irréprochable (ou presque, le parfait n’existant pas), et un rayonnement extérieur désormais reconnu de tous et salué partout. La dernière commémoration des 70 ans de la DGSN et le succès des Journées Portes ouvertes confirment que la police new génération est parfaitement alignée avec la population, issue d’elle et intégrée à elle.
Pour le second, Nizar Baraka, les choses en vont différemment. Ne trouvant rien de probant à lui accoler, Jabaroot a sorti l’acte de vente d’un terrain à Rabat, puis en a fait une monstrueuse affaire de conflit d’intérêt, évasion fiscale, enrichissement illicite, fuite de devises… Plus graves sont les actions et réactions de plusieurs journalistes, influenceurs ou youtubeurs « professionnels ». Ces gens, qui se reconnaîtront, savent pourtant parfaitement qu’il est absolument exclu qu’un acte de vente pour un montant dépassant les 10 millions de DH puisse se faire en cash ; ils le savent et pourtant, ils insistent sur le terme « cash » ! A partir de là, tout le raisonnement et l’ensemble du procès en corruption tombe à l’eau, sans aucun lien avec le ministère de l’Eau géré par Nizar Baraka…
Quant au prix de cession de ce terrain, une simple recherche sur internet montre que le prix dans ces zones se situe entre 5.000 et 12.000 DH/m², ce qui signifie que le patron de l’Istiqlal a fait une bonne acquisition, à la fourchette basse. De là à en déduire un conflit d’intérêt, il y a une distance de superficialité de l’analyse vite franchie. La question est de savoir pourquoi ces journalistes internautes ne se sont pas donné la peine d’aller chercher la vérité avant d’asséner leurs mensonges éhontés.
Et enfin, sur l’origine de l’argent et des fonds, il suffit de savoir que ce Monsieur, issu d’une famille aisée, héritier, a résidé des décennies durant dans un appartement, qu’il est hébergé aujourd’hui par son ministère et que, en fin de carrière (en principe du moins…), il a acquis un terrain pour loger ses vieux os.
Attaquer, accuser, acculer, accabler Nizar Baraka de conflit d’intérêt et d’enrichissement illicite est donc de la plus indigne mauvaise foi. Il est vrai que dans ce pays, l’eau du bain n’est pas toujours propre. Mais l’évacuer ne signifie pas qu’on doive aussi jeter le bébé avec !
Cela étant, il appartient à Nizar Baraka, dont on peut aisément comprendre la fébrilité en ce moment, de clarifier les choses et de ne pas laisser la rumeur devenir tumeur. Faire intervenir « un de ses proches » est une bonne chose, mais ce n’est que la moitié du chemin à accomplir. L’autre moitié consiste à ce que le ministre de l’Equipement de l’Eau et secrétaire général de l’Istiqlal accepte d’en parler publiquement. Pourquoi publiquement ? Tout simplement parce qu’il est un homme public, qu’il dirige l’une des formations politiques les plus importantes, susceptible de remporter les prochaines élections, avec les conséquences précisées en l’article 47 de la constitution.
On ne peut exciper de la vie privée quand on est un homme public ; le débat fait rage autour de cette question, mais un homme politique ne peut avoir de zones d’ombre, fussent-elles privées. M. Baraka a riposté, certes, et sa trouvaille des « khafafich » (chauves-souris) est assez précise et très parlante, mais elle est intervenue avant ce qui doit être, en l’occurrence une réponse claire aux différentes accusations lancées. Nizar Baraka doit accepter les règles du jeu, prendre son courage à deux mains pour vaincre sa discrétion, et affronter l’opinion publique.
Il peut le faire, il doit le faire, et qu’on passe enfin à autre chose car ces coups bas, de plus en plus précis, ne font du bien à personne.
Aziz Boucetta
Commentaires